éternel Japon

embleme famille impériale
-- L'Empire du soleil levant --

icone site(I) Le Grand Japon à la conquête de l'Asie (1868-1930)

Sommaire :


carte regions japon meiji
Les nouvelles régions japonaises en 1871.

Les daimyōs du sud-ouest comprennent que pour que l'unité du pays s'accomplisse définitivement, il faut qu'ils renoncent à leurs domaines respectifs. Les daimyōs des fiefs de Satsuma, Chōshū, Tosa et Hizen initient en 1869 le mouvement « hanski no hōkan » (« la restitution à l'empereur [par les daimyōs] de leurs domaines et de leurs gens »). En 1871 les daimyōs perdront leurs domaines (« haihan chiken », « la suppression des fiefs et la création de départements »), recevront l'équivalent de 10% du revenu estimé de leur ancien fief, et seront reconvertis dans la nouvelle administration impériale comme « préfets » dans leurs anciennes régions.

carte regions japon meiji
Les nouvelles régions japonaises en 1880.

La modification administrative du territoire japonais et la disparition des seigneurs féodaux sont accompagnés par l'abolition des anciennes classes de la société. L'ancienne noblesse est remplacée par les « kazokus » (華族, « ascendance fleurie »), fusion des « kuges » (公家) et des daimyōs ; cinq rangs sont créés selon le modèle anglais : prince ou duc, marquis, comte, vicomte, baron. La classe des samouraïs est remplacée par les « shizokus » (士族, « familles guerrières »). Les anciens roturiers deviennent des « heimin » (« peuple »), et les anciens parias deviennent des « shin heimin » (« nouveau peuple »).

ecole kazoku
École « kazoku »

En 1876 est promulguée une loi interdisant aux anciens samouraïs de porter leurs sabres. Seuls les officiers de la police et de l'armée seront dorénavant autorisés à le porter. La perte de ce droit accordé aux samouraïs, ainsi que la disparition pure et simple du statut de samouraï avec la mise en place de la conscription, ne se feront pas sans heurt et conduiront à des révoltes de l'ancienne classe des guerriers, y compris des anciens fiefs du sud-ouest, s'opposant à ces mesures trop radicales à leur goût.

kajiwara kagesue
Le samouraï Kajiwara Kagesue (梶原景季, 1162-1200) au service du clan Minamoto pendant la guerre de Genpei (12ème siècle). Il mit un rameau de prunier dans son carquois lors de la bataille d'Ichi-no-Tani.

Centralisé et unifié, l'empire japonais peut maintenant se consacrer pleinement à son industrialisation et à l'élaboration de son armée et de sa marine, toujours avec l'objectif de renégocier les traités inégaux signés avec les Occidentaux. Même si certains considèrent que la fin du shogunat Tokugawa avait déjà entamé une phase de pré-industrialisation, l'empire du Grand Japon (大日本帝國, « Dai-Nippon Teikoku ») instauré en 1868 va connaître de profonds bouleversements dans les décennies suivant l'intronisation de l'Empereur Meiji.

armoiries empereur japon empereur
Sceau impérial du Japon (菊花紋章, « Kikukamonshō » symbolisant une fleur de chrysanthème, 1183-aujourd'hui), également utilisé comme « mon » (armoiries) pour l'Empereur du Japon et sa famille.
etendard japon
Drapeau japonais (日章旗,« Nisshōki », le « drapeau du soleil levant ») ou « Hinomaru » (日の丸, le « cercle du soleil ») de l'empire du Japon (1870-aujourd'hui).
etendard armee
Étendard (大日本帝國陸軍, « Dai-Nippon Teikoku Rikugun », « armée impériale du grand Japon ») de l'armée impériale japonaise (1870-1945).
etendard marine
Étendard (大日本帝國海軍, « Dai-Nippon Teikoku Kaigun », « marine impériale du grand Japon ») de la marine impériale japonaise (1870-1945).

1/ La coopération avec l'Occident

Le Japon va envoyer de nombreux diplomates à l'étranger dans l'espoir de nouer des partenariats. Le shogunat avait déjà sollicité l'aide des Pays-Bas mais l'empire du Japon de l'Empereur Meiji accentuera son désir de collaborer en particulier avec le Royaume-Uni (marine) et la France (armée). Les Anglais enverront plusieurs missions et participeront à l'organisation de l'école navale impériale du Japon (海軍大学校, « Kaigun Daigakkō ») à Tōkyō, mais c'est surtout avec les Français que la coopération va s'avérer être la plus fructueuse.

ministere marine ecole navale
Carte postale japonaise du ministère de la Marine et de l'école navale impériale (1900).
ministere marine ecole navale
Uniformes de l'armée impériale japonaise en 1900.
Missions militaires étrangères avec le Japon
Pays Nom de la mission
Pays-Bas pays bas Pels Rijcken (1855–1857)
Pays-Bas pays bas Kattendijke (1857–1859)
Royaume-Uni royaume uni Mission Tracey (1867–1868)
France france 1ère mission militaire française au Japon (1867–1868)
France france 2ème mission militaire française au Japon (1872–1880)
Royaume-Uni royaume uni Mission Douglas (1873–1875)
Pays-Bas pays bas Schermbeck (1883–86)
Italie italie Pompeo Grillo (1884–1888)
France france 3ème mission militaire française au Japon (1884–1889)
Allemagne allemagne Mission Meckel (1885–90)
Italie italie Quaratezi (1889–1890)
France france 4ème mission militaire française au Japon (1918–1919)
Royaume-Uni royaume uni Mission Sempill (1921–1922)
sparrowhawk
Le capitaine écossais William Sempill présente un avion « Sparrowhawk » à l'amiral Tōgō Heihachirō en 1921.

a/ La marine impériale japonaise

Si le Japon envoie de nombreux étudiants à l'étranger afin d'en apprendre plus sur le savoir-faire occidental, le pays n'hésite pas no plus à faire appel à de nombreux ingénieurs étrangers. Dans le domaine militaire, la contribution française continue avec l'envoi de Léonce Verny. Ce dernier sera à l'origine du premier arsenal naval de la marine impériale : celui de Yokosuka.

satsuma
Cuirassé « Satsuma » de classe Satsuma, premier cuirassé japonais construit en 1906 à l'arsenal de Yokosuka.
Le navire était un des plus grands bâtiments de guerre de l'époque et a même été le premier à être conçu avec une artillerie principale de même calibre « all-big-gun » caractéristique des futurs navires « Dreadnought ».
kuruma
Croiseur de bataille « Kurama » de classe Ibuki.
satsuma
Buste du français Léonce Verny au Japon.

L'arsenal est notamment équipé de fonderies, de fourneaux, de manufactures d'armes, lançant véritablement le processus d'industrialisation au japon. Une cinquantaine d'ingénieurs et ouvriers qualifiés français viendront de France pour épauler les Japonais. Les Français se chargent de l'encadrement et de la formation au Japon mais aussi des élèves japonais envoyés en France.

yokosuka 1923
L'arsenal de Yokosuka peu de temps après le grand séisme du Kantō en 1923.

Satisfaits du travail des Français, les Japonais feront aussi appel à Louis-Émile Bertin quelques années plus tard. Ingénieur de renommée mondiale, le Français sera à l'origine de la création des arsenaux de Sasebo et de Kure, mais aussi de la conception d'une dizaine de navires japonais selon les principes du courant de la pensée navale française « Jeune École » promue par Louis-Émile Bertin (préconisant le recours à une très grande puissance de feu avec des canons de gros calibre et torpilles montés sur des navires plus petits que des cuirassés mais utilisés en plus grand nombre).

hashidate 1911
Le croiseur « Hashidate » construit à l'arsenal de Yokosuka (croiseur de classe « Matsushima ») en 1894.
kure artillerie
Pièce d'artillerie à l'arsenal de Kure en 1910.
kure 1911
Laminoir à l'arsenal de Kure en 1911.
kure 1911
Mise à l'eau d'un navire à l'arsenal de Kure en 1911.

Les Français construiront aussi en France (par la Société Nouvelle des Forges et Chantiers de la Méditerranée à La Seyne-sur-Mer) le croiseur et vaisseau amiral « Matsushima » ainsi que le croiseur « Itsukushima » pour le compte de la marine impériale japonaise. Les 3 navires « Hashidate », « Matsushima » et « Itsukushima » faisaient référence aux trois vues les plus célèbres du Japon (日本三景, « Nihon sankei », littéralement « les trois vues du Japon »).

matsushima
Le croiseur « Matsushima » (croiseur de classe « Matsushima »).
matsushima canet
Officiers du croiseur « Matsushima » posant avec le grand canon « Canet » conçu par le français Gustave Canet (le canon sera critiqué après la première guerre sino-japonaise à cause de son important recul pour un navire de cette taille, de ses faiblesses techniques ainsi que sa lenteur de tir causée par la surchauffe du canon entre chaque coup).
matsushima canet
croiseur « Itsukushima » (croiseur de classe « Matsushima »).


Un petit peu de douceur bucolique dans ce monde de brutes avec les trois vues les plus célèbres du Japon (日本三景, Nihon sankei, littéralement « les trois vues du Japon »), liste établie au 17ème siècle par le philosophe confucianiste Hayashi Razan (林 羅山, 1583-1657) : l'archipel « Matsushima », le bras de terre « Amanohashidate » et le temple « Itsukushima » sur l'île-sanctuaire de Miyajima.

matsushima
Matsushima (松島, « île aux pins »), préfecture de Miyagi.
amanohashidate
Amanohashidate (天橋立, « le pont du ciel »), préfecture de Kyōto.
itsukushima
Le torii émergé du sanctuaire d'Itsukushima (厳島神社, Itsukushima-jinja), préfecture de Hiroshima.


Louis-Émile Bertin restructurera aussi l'arsenal de Yokosuka, renforcera les défenses côtières, organisera la flotte impériale selon le modèle français, et formera de nombreux cadres japonais pour le plus grand bénéfice de la marine impériale japonaise.

sasebo 1930
L'arsenal de Sasebo en 1930.

Les Anglais construiront également quelques cuirassiers pour le compte de la marine impériale, dont les navires « Fusō », « Kongō » et « Hiei », sans compter les nombreuses commandes d'éléments que les Japonais ne pouvaient pas encore fabriquer. Les Japonais prendront aussi la Royal Navy britannique comme modèle, supplantant les Hollandais, et s'inspireront des traditions britanniques pour les techniques de navigation, l'encadrement des officiers et même les uniformes des marins. Enfin, le comte anglais Archibald Douglas s'occupera de l'instruction de l'école navale de Tsukiji pendant quelques années.

kongo
La corvette japonaise « Fusō » construite dans les arsenaux britanniques.
kongo
La corvette « Kongō » aussi construite au Royaume-Uni.
mikasa
Le cuirassé « Mikasa » en 2005, construit en 1900 par les Britanniques. Le bâtiment a participé à la bataille de Tsushima le 27 mai 1905.

b/ L'armée impériale japonaise

En mars 1871 est créée la Garde impériale japonaise (近衛師団, « Konoe Shidan ») dédiée à la protection de l'Empereur, de la famille impériale et des propriétés lui appartenant. La garde est composée initialement de guerriers des anciens fiefs de Tosa, Satsuma, et Chōshū avant d'être renforcée et compter bientôt 12 000 hommes. Elle sera entraînée par les Français envoyés lors de la deuxième mission française au Japon, qui continueront là-encore de conseiller les Japonais après avoir déjà aidés les forces shogunales lors de la première mission française envoyée au Japon à la fin du shogunat Tokugawa.

garde imperiale
Inspection d'un contingent de la Garde impériale en 1872.
seconde mission militaire
La seconde mission militaire française envoyée au Japon (1872-1880), avec à sa tête le lieutenant-colonel Charles Antoine Marquerie (1824–1894), remplacé plus tard par le colonel Charles Claude Munier.
Malgré la défaite de la France face aux États allemands en 1870, le Japon fait encore confiance à la France pour former la jeune armée impériale. Lors de sa visite en France en 1873, le ministre des affaires étrangères japonais Iwakura Tomomi s'exprimera en ces termes : « Nous connaissons les malheurs que la guerre a infligés à la France, mais cela n'a changé en rien notre opinion sur les mérites de l'armée française, qui a montré tant de bravoure contre des troupes supérieures en nombre ».

La mission française est chargée de la mise en place de la conscription et des créations d'une école d'officiers et de sous-officiers (« Toyama-ryū »), d'une académie militaire (« Rikugun Shikan Gakkō »), d'une école de tir, d'une fabrique d'armes et de munitions, d'une fabrique de poudre, et aussi de batteries d'artillerie à Tōkyō.

reception mission francaise
Réception de la seconde mission militaire française par l'Empereur Meiji en 1872.
academie ichigawa
Académie militaire d'Ichigaya en 1874 (陸軍士官学校, « Rikugun Shikan Gakkō »), sur les terrains de l'actuel ministère japonais de la Défense.
academie ichigawa
Académie militaire d'Ichigaya en 1907.

Deux membres de la mission française (Le lieutnant et instructeur de tir Étienne de Villaret ainsi que le maréchal des logis et maître d'armes Joseph Kiehl) furent les premiers occidentaux à intégrer un « dojo », celui de Sakakibara Kenkichi.

sakakibara kenkichi
Sakakibara Kenkichi (榊原鍵吉, 1830–1894) errant dans les montagnes.
Ce samouraï et artiste japonais, maître d'armes en escrime et grand maître de l'école jikishinkage, fit partie de la garde rapprochée des deux derniers shōguns. Il est considéré comme un des fondateurs du kendo, même si il n'était pas forcément favorable à une pratique sportive du bâton en lieu et place du sabre.

L'Allemagne, toute auréolée de ses victoires sur le continent européen, va avoir ensuite un rôle prépondérant au sein des officiers supérieurs de l'armée impériale japonaise. Le quartier général de l'armée impériale est établi sur le modèle prussien de la « Generalstab ». Les enseignements du général prussien Jakob Meckel (1842-1905), envoyé au Japon lors de la mission allemande Meckel, vont être étudiés consciencieusement par les Japonais (théories militaires de Clausewitz, concept de « jeux de guerre » avec le kriegspiel, utilisation du rail, de la logistique, du génie, de l'artillerie, etc.).

jacob meckel
Klemens Wilhelm Jacob Meckel (1842-1905).

Jacob Meckel sera un fervent partisan d'une intervention du Japon en Corée, considérant que « la Corée est une dague pointée sur le cœur du Japon ». Certains reprocheront cependant aux théoriciens allemands les lourdes pertes japonaises subies lors des offensives très coûteuses en vies humaines pendant la guerre russo-japonaise de 1904-1905.

japonais chemulpo
Illustration de l'armée japonaise à Chemulpo lors de la guerre russo-japonaise de 1904-1905.

Enfin, la quatrième mission militaire française envoyée au Japon en 1918 est dirigée par le colonel d'artillerie Jacques-Paul Faure, sera chargée d'améliorer les forces armées aériennes et aéronavales du Japon. La mission sera accompagnée de plusieurs appareils français de type « Salmson 2A2 », « Nieuport », « Spad XIII » ou « Beguet XIV ».

mission francaise
Quatrième mission militaire française au japon (1918-1919).
encadrement francais togo
L'amiral Tōgō Heihachirō et des membres de la quatrième mission française à Gifu.

2/ Les rébellions de samouraïs

a/ La rébellion de Saga (佐賀の乱, Saga no ran) de 1874

La classe des samouraïs fut profondément affectée par les décisions de l'Empereur Meiji de mettre en place la conscription et de mettre fin à leur statut, les privant ainsi de leurs privilèges et revenus. C'est à cette occasion que ressurgissent à nouveau les clivages et les divergences qui avaient conduit déjà à la disparition du shogunat. Certains samouraïs des fiefs tozamas du sud-ouest s'étaient d'ailleurs moins battu pour l'Empereur que contre le shōgun. Et même si les samouraïs tozamas de haut rang parviendront à occuper des postes importants dans le gouvernement, de très nombreux samouraïs seront déclassés socialement.

eto shinpei
Etō Shinpei (江藤 新平, 1834–1874), un des futurs meneurs de la rébellion de Saga.

Même si ils contestaient surtout la fin de leur statut, certains samouraïs ne s'opposaient pas tant à la modernisation du pays qu'à l'occidentalisation des moeurs en cours, à commencer par les tenues vestimentaires occidentales qui étaient de plus en plus prisées par la population. Beaucoup de samouraïs souhaitaient voir la structure de la société féodale à nouveau régir la société.

eto shinpei
Le meneur samouraï Etō Shinpei

Les samouraïs n'étaient pas non plus tous unanimes quant à la politique étrangère à adopter. certains souhaitaient voir le Japon prôner une politique expansionniste, en particulier en Corée. D'autres samouraïs militaient pour une politique isolationniste plus prudente de l'empire du Japon, ou pour le moins plus tempérée, en attendant que le Japon se dote de réels moyens pour accomplir une entreprise coloniale ambitieuse.

carte japon coree
Carte du Japon et de la Corée en 1882.

C'est l'ancien ministre de la justice Etō Shinpei qui prend la tête de la rébellion dans la province de Hizen. Etō Shinpei avait démissionné de son poste après que le gouvernement ait refusé de lancer une expédition militaire contre la Corée lors du débat du Seikanron (japonais: 征韓論, « Débat sur la conquête de la Corée ») en 1873, débat sur une soi disant insulte des autorités coréennes à l'égard du japon, et servant surtout à trouver un prétexte pour occuper les samouraïs desoeuvrés et les envoyer en Corée.

seikanron
Le débat du Seikanron en 1873 (avec Saigō Takamori au centre) sur l'expédition punitive contre la Corée.
Le débat fait suite à la suspicion visant les autorités coréennes de ne pas avoir répondu favorablement à la reconnaissance de la fin du bakufu shogunal et de la conduite des affaires diplomatiques par le nouveau ministère des affaires étrangères et l'Empereur du japon. Les Coréens, dans un monde asiatique encore trés sinisé, n'auraient également pas souhaité reconnaître le statut impérial de l'Empereur du Japon - comme cela était le cas avec l'empereur de Chine -, refusant ainsi d'admettre leur statut d'infériorité.
La fin des domaines féodaux a aussi fait disparaître l'intermédiaire attitré entre la Corée et le Japon : la famille Sō du domaine de Tsushima, perturbant encore un peu plus les relations diplomatiques entre les deux pays.

La politique du régime Meiji est aussi fortement influencé par la place prépondérante des anciens fiefs du sud-ouest, et vainqueurs de la guerre contre le shogunat Tokugawa : les domaines de Satsuma, Hizen, Chōshu et Tosa. Ces nouvelles préfectures fournissent les principaux cadres du régime et n'hésitent pas à influencer la politique gouvernementale au profit des intérêts économiques des fiefs du sud-ouest.

satsuma choshu tosa hizen
Carte des anciens domaines de Satsuma, Hizen, Chōshu et Tosa.

Après une vaine tentative de conciliation, Etō Shinpei et ses hommes s'emparent du château de Saga, siège administratif impérial. Les samouraïs espèrent que cette intervention déclenchera une solidarité d'autres samouraïs du sud-ouest à leur cause, mais leur attente restera vaine. Le représentant impérial Ōkubo Toshimichi (1830-1878), lui aussi ancien samouraï de Satsuma, vaincra les samouraïs d'Etō Shinpei le 22 février 1874. Ce dernier décide de se rendre au château de Saga pour y mener son dernier combat avec un carré de fidèles. Après un refus de le laisser entrer, il sera arrêté lors de sa tentative de se rendre à Tōkyō. Il sera exécuté par décapitation après être passé devant un tribunal militaire.

eto shinpei
Etō Shinpei et deux de ses hommes tentant de s'échapper.

b/ La rébellion de Shinpūren (神風連の乱, Shinpūren no ran) de 1876

Là encore, c'est la rapide occidentalisation des moeurs et la fin des privilèges des samouraïs qui incitent une partie d'entre eux à se révolter. Le mouvement Shinpūren est à l'origine une société de samouraïs de l'île de Kyūshū menée par le nationaliste Ōtaguro Tomoo (太田黒伴雄, 1834-1876). La société Shinpūren souhaite notamment rétablir le port du sabre par les samouraïs, renoncer au port de vêtements occidentaux, abandonner le calendrier occidental, abandonner l'utilisation des armes occidentales, la fin de l'achat possible de terres japonaises par les étrangers, et la fin de l'évangélisation chrétienne désormais tolérée dans l'archipel.

otaguro tomoo
Ōtaguro Tomoo (太田黒伴雄, 1834-1876)

200 hommes menés par Ōtaguro Tomoo attaquent le 24 octobre 1876 la garnison de Kunamoto. Une autre escouade détruit un bureau de télégraphie, et une troisième attaque les bureaux et résidences des fonctionnaires préfectoraux, assassinant le gouverneur commandant de la garnison de Kumamoto (Yasuoka Yoshitaka) et son chef d'État-major (Taneda Masaaki).

otaguro tomoo
Attaque des quartiers du major-général Taneda Masaaki (種田政明).

Passé l'effet de surprise, les forces gouvernementales reprennent le dessus. Grièvement blessé, Ōtaguro Tomoo demande à être décapité. Beaucoup de ses soldats, très jeunes pour la plupart, l'accompagnent dans la mort et décident de se faire seppuku. L'état de panique suscité dans le pays par ces petits groupes de samouraïs épris d'idéalisme inspirera beaucoup de sociétés secrètes pendant les décennies suivantes.

repression shinpuren
Répression finale de la rébellion de Shinpūren.
Sakurayama tombes
Temple de Sakurayama-jinja où demeurent 123 tombes des samouraïs de la révolte de Shinpūren, préfecture de Gifu.
Sakurayama
Temple de Sakurayama-jinja, préfecture de Gifu.

c/ La rébellion d'Akizuki (秋月の乱, Akizuki no ran) de 1876

La rébellion suivante a à nouveau lieu dans l'île de Kyūshū, dans l'ancien domaine d'Akizuki. Elle débute le 27 octobre 1876, soit trois jours après l'appel au soulèvement général lançé par les samouraïs de Shinpūren. Bon nombre de samouraïs faisaient partis du groupe politique anti-occidentaliste « Kanjōtai ». 200 hommes commencent par attaquer des policiers dans un temple bouddhique, les rebelles s'attaqueront aussi à des fonctionnaires dans une école. Tous finiront par être tués ou emprisonnés.

memorial hakozaki
Mémorial au temple Hakozaki-gū, préfecture de Fukuoka.

d/ La rébellion de Hagi (萩の乱, Hagi no ran) de 1876

Cette rébellion sur l'île de Kyūshū répond elle aussi à l'appel au soulèvement des guerriers de Shinpūren. Une première tentative d'attaque est déjouée à temps par le gouverneur de la préfecture de Yamaguchi. Le meneur de la rébellion Maebara Issei décide alors de marcher et de rallier des samouraïs en longeant la côte Pacifique afin de pouvoir se faire seppuku devant l'Empereur à Tōkyō. Les troupes rebelles seront finalement capturées ou tuées. Maebara Issei et six de ses compagnons sont jugés par un tribunal militaire et exécutés le 3 décembre aux côtés de meneurs de la rébellion d'Akizuki.

maebara issei arrete
Maebara Issei arrêté par les forces gouvernementales dans le port d'Uryū.

e/ La rébellion de Satsuma (西南戦争, Seinan Sensō) de 1877

Si les rébellions de samouraïs précédentes ont vu quelques dizaines de guerriers se révolter, la rébellion de Satsuma ou guerre du Sud-Ouest (西南戦争, « Seinan Sensō ») va être l'objet d'un soulèvement très important de dizaines de milliers de samouraïs. Elle fera face à la jeune armée impériale de conscription qui totalisera à la fin des opérations jusqu'à 300 000 soldats.

saigo takamori officiers satsuma
Saigō Takamori (assis) et les officiers menant la rébellion de Satsuma.
Le slogan des rebelles était « nouveau gouvernement, haute moralité » (新政厚徳, « shinsei kōtoku »).
shimazu satsuma
Mon du clan Shimazu (domaine de Satsuma, île de Kyūshū).

Ce soulèvement massif de samouraïs n'est possible que grâce à la figure emblématique qui conduit la révolte : Saigō Takamori du domaine de Satsuma, celui-là même qui conduisit victorieusement les troupes pro-impériales à la victoire contre les troupes du shogunat Tokugawa.

saigo takamori
Saigō Takamori (西郷 隆盛, 1828-1877)
Contrairement à ce que laisse penser le film hollywoodien « le dernier samouraï » (2003), c'est bien Saigō Takamori qui peut être considéré comme étant le dernier samouraï. Ce film évoque un Étasunien se battant aux côtés de samouraïs, probablement en s'inspirant du Français Jules Brunet qui s'était battu aux côtés des dernières forces shogunales durant la guerre de Boshin.
Le film « Les Derniers Samouraïs » (1974) de Kenji Misumi est inspiré de la rébellion de Satsuma et du destin de Saigō Takamori.

Saigō Takamori et ses guerriers souhaitaient la préservation de la classe des guerriers, la fin de l'occidentalisation de la société, ainsi qu'une plus grande intégrité du gouvernement. Le slogan de son son mouvement, solidement implanté et disposant de nombreuses écoles, était « nouveau gouvernement, grande éthique » (新政厚徳, « Shinsei kōtoku »). Il parvient à prendre le contrôle de la région, pratiquement en état de sécession fin 1876, avant que le gouvernement ne réagisse en envoyant une flotte afin de désarmer l'arsenal de la ville de Kagoshima. Les samouraïs attaqueront notamment cette flotte impériale.

bataille kagoshima
Bataille navale des hommes de Saigō Takamori partant à l'abordage de la flotte impériale à Kagoshima.

Saigō Takamori décide ensuite de marcher avec ses hommes pour se rendre à Tōkyō afin de s'adresser à l'Empereur Meiji. En chemin, l'armée rebelle tente de s'emparer de la forteresse de Kunamoto le 22 février 1877. Les combats font rage entre l'armée de samouraïs et la garnison gouvernementale, mais la place forte tient bon malgré le manque de nourriture et de munitions des défenseurs. Les deux camps enregistrent de lourdes pertes mais l'armée de samouraïs a atteint le summum de ses effectifs lors de cette bataille, après ce siège manqué, l'armée de Saigō Takamori ne sera plus en mesure de prendre l’initiative sur le champs de bataille.

bataille kumamoto
Bataille de Kumamoto le 22 février 1877
bataille kumamoto garnison
Officiers de l'armée impériale japonaise de la garnison de la forteresse de Kumamoto.

Plus au nord et toujours sur lîle de Kyūshū, le gouvernement envoie une armée de 90 000 hommes à Tabaruzaka afin de soulager la forteresse assiégée de Kunamoto. Les hostilités commencent le 3 mars 1877. Les 15 000 rebelles se battent avec des fusils devenus inutilisables par une météo capricieuse et de fortes pluies. L'armée de Saigō Takamori est finalement contrainte de se replier sur Kunamoto, où elle sera chassée un peu plus tard.

bataille tabaruzaka
Bataille de Tabaruzaka

La situation devient vite désespérée pour les hommes de Satsuma. Ils subissent à nouveau deux revers à Hitoyoshi en mai, puis à Noboeka en août 1877. Saigō Takamori décide finalement de se rendre dans sa ville natale de Kagoshima avec un contingent de 500 derniers fidèles afin d'y livrer sa dernière bataille. Ils parviennent à accéder à une colline surplombant la ville afin de s'y retrancher. Les forces impériales arrivent bientôt, font le siège de la colline et bombardent les positions rebelles par terre et par mer.

siege kagoshima
Siège mis en place par les forces impériales à Kagoshima.

Après ce bombardement intense, les forces impériales donnent l'assaut le 24 septembre 1877. Acculés et à court de munitions, Saigō Takamori et ses hommes décident de charger sabre au clair. Ils parviennent à tuer de nombreux soldats impériaux, mais sont très vite submergés par le nombre de leurs adversaires.

attaque kagoshima
Attaque des partisans de Saigō Takamori sur la colline de Kagoshima.

Saigō Takamori, mortellement blessé, sera finalement décapité par un de ses hommes avant que l'armée impériale ne s'empare de son corps. Dix ans plus tard, l'Empereur Meiji graciera « le dernier samouraï » à titre posthume. La révolte de Satsuma sera la dernière révolte de samouraïs.

attaque saigo
Saigō Takamori et ses derniers partisans menant une charge désespérée.
tombe saigo
Monument à la mémoire de Saigō Takamori à Shiroyama-chō près de Kagoshima.

3/ Les guerres du Japon impérial

a/ La guerre contre la Chine et l'annexion de la Corée (1874-1901)

≈ L'invasion japonaise de Taïwan (台湾出兵, 1874)

La politique impérialiste japonaise se traduit dès 1872 par l'invasion de l'île de Taïwan. Le gouvernement prendra comme prétexte l'assassinat de 54 marins du royaume de Ryūkyū par des aborigènes « paiwan » lors de l'incident de Mudan. Le puissant royaume de Ryūkyū était un archipel au sud du Japon, intermediaire commercial très important en Asie. Le royaume était un État tributaire du domaine japonais de Satsuma mais aussi vassal de la Chine des Qing, il sera finalement annexé par le Japon en 1879.

drapeau ryuku
Drapeau de royaume de Ryūkyū (琉球國, 1429–1879).
mon ryuku
Mon de la dynastie régnante des Shō (1469-1879).

Le corps expéditionnaire japonais de 3 600 hommes est commandé par Saigō Tsugumichi et soumet rapidement les tribus indigènes de l'île après la bataille de Botan. Les Japonais quitteront temporairement l'île après avoir perçu une très importante indemnisation financière pour la mort de leurs marins.

japonais expedition taiwan
Soldats japonais de l'expédition de Taïwan en 1874.
japonais expedition taiwan
Bataille du pont de pierre entre les Japonais et les aborigènes taïwanais « botan ».
gouvernement general taiwan
Sceau du futur Gouverneur-Général du Japon à Taïwan entre 1895 et 1945.

L'ancien roi de Ryūkyū se rendra en 1879 à Tōkyō afin de prêter allegeance à l'Empereur du japon. Les îles Ryūkyū seront intégrées à la préfecture d'Okinawa. La victoire facile de l'expédition découle d'une faiblesse de l'autorité chinoise et de son incapacité à s'opposer aux forces japonaises. L'empire du Soleil Levant va être dorénavant de plus en plus ambitieux dans la région.

memorial marins
Mémorial à Taïwan dédie aux 54 marins de Ryūkyū assassinés.

La réhabilitation en 1889 de l'ancien meneur de la rébellion de Satsuma, Saigō Takamori, sera due en grande partie au fait que ce dernier prônait à l'époque dans le gouvernement - à juste titre pour beaucoup de ses membres à la vue des évènements - une politique étrangère agressive du Japon contre la Corée.

≈ L'incident de l'île Ganghwa (江華島事件, 1876)

La dynastie coréenne des Joseon refusant toujours de reconnaître au souverain japonais la qualité d'empereur, reconnaissant ce statut au seul empereur de Chine, les Japonais vont profiter de ce prétexte pour entamer le processus de colonisation dans la péninsule, au grand dam des Chinois qui, connaissant le potentiel militaire japonais, savent que la confrontation va être longue et difficile, et auraient préféré un règlement à l'amiable de cette simple question protocolaire.

unyo ganghwa
Débarquement des troupes de marine du navire de guerre japonais « Un'yō » sur l'île de Ganghwa.
Les Coréens, échaudés, avaient déjà eu dans un passé récent affaire avec les Occidentaux sur cette même île (les Français l'avaient brièvement occupé en 1866, les Étasuniens également en 1871). Les Japonais savaient donc parfaitement qu'en agissant ainsi, ils provoqueraient inévitablement une riposte des Coréens.
unyo
Navire de guerre japonais « Un'yō » construit par les Britanniques.
roze guerriere
L'amiral Roze et une partie de l'équipage de la frégate française « Guerrière » lors de l'expédition française punitive contre la Corée en 1866, après la mort de sept missionnaires français.
Photographie prise dans le port japonais de Nagasaki.
(regardez un peu les gueules des mecs, c'est pas du bobo parisien metrosexuel contemporain, c'est plutôt du gilet jaune gaulois réfractaire périurbain !)

Le 20 septembre 1875, le navire de guerre japonais « Un'yō » s'approche de l'île coréenne de Ganghwa et demande à être ravitaillé en eau et en provisions. Les batteries coréennes ne tardent pas à faire feu sur l'intrus. 1 500 soldats japonais débarquent sur l'île et s'emparent du château de Yeongjong.

yeongjong ganghwa
Les troupes de marine japonaises au pied de la forteresse de Yeongjong sur l'île de Ganghwa.

Le 27 février 1876, le gouvernement coréen sera forcé de signer le traité de Ganghwa, ouvrant la péninsule coréenne au commerce japonais, fracturant un peu plus la politique isolationniste coréenne, entretenant avant l'arrivée des Occidentaux des relations uniquement avec son seul suzerain chinois. Le traité met fin au statut de suzerain de l'empereur chinois, oblige les Coréens à ouvrir trois ports (Busan, Incheon et Wonsan) au commerce japonais, et établit un droit d'extraterritorialité pour les Japonais.

traite ganghwa
Traité de Ganghwa en 1876.
ryujo
Le « Ryūjō », fleuron de la marine impériale japonaise en 1881, construit par les Britanniques.
≈ L'incident de Imo (壬午事変, 1882)

Un contingent de soldats coréens se rebelle à Séoul en 1882 pour s'opposer en premier lieu aux rations alimentaires de mauvaise qualité. Il s'emparera d'une armurerie, libérera les prisonniers politiques d'une prison, s'attaquera à des officiels coréens et même à la légation japonaise de la ville, obligée de fuir par bateau.

incident imo
Fuite de la légation japonaise lors de l'incident d'Imo en 1882.
incident imo
Pièce d'artillerie japonaise à l'arsenal Koishikawa près de Tōkyō en 1882.
≈ L'incident de Nagasaki (長崎事件, 1886)

En août 1886, une flotte de bateaux chinois mouille dans le port japonais de Nagasaki pour effectuer des réparations. À l'époque, la Chine dispose de navires de plus gros tonnage que son homologue japonaise, malgré la modernisation en cours de la marine japonaise grâce notamment à la coopération française.

zhenyuan
Le « Zhenyuan », l'un des quatre navires de la flotte chinoise de Beiyang, l'une des quatre flottes de navires modernes (fabriqués en Allemagne) de la Chine impériale des Qing.

L'incident se produit lorsque des centaines de marins chinois en permission créent des incidents avec la population japonaise du port de Nagasaki. Plusieurs dizaines de morts seront dénombrés de part et d'autres. Les Chinois ne s'excuseront pas pour cet incident. Les Japonais profiteront de l'incident pour craquer le code chinois de transmission d'information, qui s’avérera très utile pour la guerre qui s'annonce entre les deux pays.

≈ La rébellion paysanne du Donghak (東學農民革命, 1894-1895)

C'est en 1894 qu'émerge la révolte paysanne coréenne du donghak (mouvement religieux égalitariste et patriotique). Les paysans, déjà présurés par les taxes, ont vu leurs conditions encore s'aggraver depuis l'ouverture du pays aux pays étrangers. Une nouvelle taxe sur l’utilisation de l'eau met le feu au poudre et voit des dizaines de milliers de paysans se révolter.

zhenyuan
Étendard de la dynastie coréenne Joseon (1392-1897).

Jeon Bongjun et Kim Gaenam mènent la révolte paysanne dans la région de Gobu. La révolte est matée mais les rebelles capturent plusieurs villes quelques semaines plus tard, défont l'armée gouvernementale, et s'emparent de la forteresse de Jeonju.

jeon bongjun
Jeon Bongjun, un des meneurs de la révolte donghak, arrêté et mis sur un brancard après s'être brisé les jambes lors de sa tentative de fuite.

Le gouvernement coréen demande l'intervention de la Chine. Les Qing envoient 3 000 soldats en juin 1894 mais sans en référer au Japon, comme le prévoit pourtant la convention de Tientsin. Les Japonais envoient également des troupes en Corée, capturent le roi de Corée et placent un coréen pro-japonais à la tête du pays en juillet 1894. La Chine n'accepte pas ce changement de régime et la volonté japonaise d'étendre sa sphère d'influence, c'est le début de la première guerre sino-japonaise

takeuchi
Le capitaine japonais Takeuchi durant la révolte du Donghak.
D'inspiration chinoise, trois slogans japonais vont voir le jour à partir de l'ère Meiji : « Nihon-damashii » (日本魂, « modernisation du Japon »), « Wakon-kansai » (和魂漢才, « Esprit japonais et érudition chinoise ») et enfin « Wakon-yōsai » (和魂洋才, « Esprit japonais et techniques occidentales »). Le « Yamato-damashii » (大和魂, « Esprit japonais » ou « Âme du Japon ancien ») deviendra « le cri de ralliement officiel pour les forces armées japonaises pendant la Seconde Guerre mondiale.
≈ La première guerre sino-japonaise (日清戦争, 1894-1895)
guerre japon chine
Première guerre sino-japonaise (1894-1895).

La bataille de Pungdo (豊島沖海戦) le 25 juillet 1894 est la premier engagement naval entre la Chine et le Japon. L'objectif des Japonais est de bloquer la baie d'Asan et d'encercler le détachement chinois avant que des renforts chinois arrivent. Le combat naval engage deux navires chinois arrivés trop au sud du point de rendez-vous de la flotte chinoise : le croiseur « Jiyuan » et le lance-torpille « Kwang-yi ». Les Japonais alignent les croiseurs « Yoshino », « Akitsushima » et « Naniwa ».

bataille pungdo
Bataille de Pungdo (豊島沖海戦, 25 juillet 1894).
bataille pungdo naniwa
Croiseur japonais « Naniwa » en 1887.

Les navires japonais essaient d'abord d'empêcher les navires chinois de gagner la haute mer, voyant que cela ne sera pas possible, ils engagent ensuite le combat. Le « Kwang-yi » est rapidement mis hors de combat, le « Jiyuan » parviendra à s'échapper. Le navire chinois « Tsao-Kiang » croisant à proximité est aussi capturé un peu plus tard.

tsao kiang
Le navire chinois « Tsao-Kiang » en feu.

Le navire anglais « Kowshing » transportant des troupes chinoises sera lui aussi victime d'un incident. Le navire obéira aux ordres des Japonais et suit d'abord un navire japonais, mais les marins chinois se révoltent et souhaitent regagner la Chine. L'équipage anglais tentera alors de s'échapper mais les marins chinois feront feu sur eux. Les Anglais seront finalement secourus par un navire français et le « Kowshing » sera coulé par la flotte japonaise.

knowshing lion
Les marins chinois du « Kowshing » secourus pas le vaisseau français « Le Lion » après que leur navire ait été bombardé par les Japonais.
Les Français secourront 43 marins chinois, les Allemands 150, et les Britanniques participeront eux aussi au sauvetage.

Sur terre, quelques jours plus tard, a lieu la bataille de Seonghwan (成歓の戦い, 28-29 juillet 1894). Les Japonais se sont emparés auparavant du palais royal de Séoul. Les 4 000 soldats japonais commandés par Ōshima Yoshimasa marchent vers le sud en direction du port d'Asam et de sa garnison chinoise de 4 000 hommes. Les Japonais, munis d'artillerie, causent des centaines de morts dans le camps chinois retranché et parviennent à faire fuir les autres soldats chinois vers Pyongyang.

bataille seonghwan
Bataille de Seonghwan (成歓の戦い) les 28 et 29 juillet 1894.
fusil murata
Soldats japonais équipés de fusils « murata ».
fusil murata
Fusil standard « murata » (村田銃, « Murata jū ») de l'armée impériale japonaise
Ce fusil est le premier fusil fabriqué par le Japon.

La guerre est maintenant officiellement déclarée par la Chine au Japon. Les forces chinoises en fuite sont renforcées par un contingent chinois et ce sont bientôt 15 000 soldats chinois qui s'apprêtent à contenir la nouvelle offensive japonaise, impatients de donner l'assaut et de bouter les Chinois hors de Corée avant le début de l'hiver.

bataille pyongyang
Bataille de Pyongyang (平壌作戦) le 15 Septembre 1894.

La lutte s'engage, les Japonais engagent le combat en montant à l'assaut mais ne parviennent pas à utiliser efficacement leur artillerie. Le cours de la bataille change lorsqu'une redoute chinoise (Moktan-tei) est capturée et que l'artillerie japonaise peut y être acheminée. Les Japonais pilonnent alors les positions chinoises qui se rendent le 15 septembre 1894 dans la soirée. Les Chinois comptent 2 000 morts et 4 000 blessés.

bataille pyongyang
Bataille de Pyongyang (平壌作戦).

La bataille navale de la rivière Yalu (黄海海戦, « bataille de la mer jaune », 17 septembre 1894) est le plus grand engagement naval entre les deux pays. Elle oppose la marine impériale japonaise à la flotte chinoise de Beiyang. Les Chinois alignent notamment 2 cuirassés et 8 croiseurs. Les Japonais disposent de 9 croiseurs renforcés. Aucun navire japonais n'est en mesure de rivaliser avec les deux cuirassés chinois « Dingyuan » et « Zhenyuan » (construits en Allemagne).

bataille yalu
Bataille de la rivière Yalu (黄海海戦, « bataille de la mer jaune ») le 17 septembre 1894.
bataille yalu dingyuan
Cuirassé chinois « Dingyuan »

Les Chinois disposent de canons de plus gros calibre que les Japonais mais leurs artilleurs manquent cependant d’entraînement dû à un manque de munitions. La flotte japonaise est plus rapide et mieux entraînée et parvient à engager le combat en eaux profondes. Les Japonais parviennent à manœuvrer de telle sorte que leur flotte, disposée en deux flottilles, coupe la flotte chinoise chinoise et la prend également en tenaille en l'attaquant sur son flanc droit. Cette dernière ne parvient pas à utiliser efficacement ces deux cuirassés et finira en plus par manquer de munitions au cours de la bataille.

bataille yalu zhenyuan
Cuirassé chinois « Zhenyuan »

Les Japonais remportent la bataille et les Chinois perdront cinq navires. Les Chinois ont manqué de coordination, d’entraînement, de munitions, et ont en plus déploré la perte du poste de commandement de leur navire-amiral au milieu de la bataille. Les Japonais déplorent quatre navires sévèrement touchés et deux autres plus légèrement. Le combat naval a été suivi de près par de nombreux observateurs occidentaux.

bataille yalu
Bataille de la rivière Yalu (le croiseur japonais attaque les navires chinois) le 17 septembre 1894.

La bataillle de Jiuliancheng (九連城之戰, 24 octobre 1894) a lieu un mois plus tard près de la frontière chinoise près de l'embouchure de la rivière Yalu. Les 20 000 soldats japonais commandés par Yamagata Aritomo prennent d'assaut le camp retranché chinois. Feintants un assaut frontal, les Japonais effectuent en fait un mouvement tournant. Ils établissent aussi un pont en le faisant construire de nuit par les troupes du génie. Les Chinois opposent une importante résistance mais finissent par s'enfuir vers le nord.

bataille yalu jiuliancheng
Les Japonais franchissent la rivière Yalu à Jiuliancheng le 24 octobre 1894.
decapitation prisonniers jiuliancheng
38 prisonniers de guerre chinois sont décapités par les Japonais en guise d'avertissement.

Un mois plus tard a lieu la bataille de Lüshunkou (旅順口の戦い) le 21 novembre 1894 dans la péninsule de Liaodong. Le lieu sera baptisé plus tard Port Arthur. L'objectif des Japonais est de pénétrer en territoire chinois afin de s'emparer de l'importante base navale de Lüshunkou, seul port disposant de docks capables de réparer la flotte chinoise endommagée de Beiyang. Ce port de première importance stratégique est fortifié et dispose de batteries côtières.

bataille lushunkou
Les Japonais attaquent le port de Lüshunkou (futur Port Arthur) le 21 novembre 1894.

L'assaut japonais est à nouveau un succès total et les Chinois perdront 4 500 hommes dans les combats. Cette victoire rapide et la prise de cette importante base navale est un coup dur pour le prestige international de la dynastie Qing. Le prestige japonais dû à cette nette victoire est cependant entaché par les soupçons de massacre sur la population civile, à laquelle s'étaient mêlés des soldats chinois. De nombreux journaux occidentaux, en particulier anglo-saxons, évoqueront ces massacres supposés, probablement amplifiés par la propagande chinoise. Le journaliste français Amédée Baillot de Guerville, accompagnant lui aussi la deuxième armée japonaise, évoquera quelques dizaines de civils tués mais pas de massacre de grande ampleur.

bataille lushunkou
Le lieutenant-general japonais Yamaji Motoharu menant la charge pendant la bataille de Jiuliancheng.

Le prochain objectif japonais se situe cette fois de l'autre côté de la baie de Bohai, il s'agit du port de la ville de Weihai sur la péninsule du Shandong. Sa prise par les troupes japonaises permettrait de contrôler la baie de Bohai, d'assurer le ravitaillement japonais de la flotte impériale, mais aussi de prendre en tenaille la capitale chinoise Pékin.

baie bohai
Ville de Weihai, baie de Bohai, baie de Corée et mer Jaune.
bataille weihawei
Bataille de Weihaiwei (威海衛の戦い, 18 janvier-12 février 1895).

La bataille commence par une manœuvre de diversion et de bombardement de la ville chinoise de Dengzhou. Pendant ce temps, la deuxième armée japonaise commandée par Ōyama Iwao débarque près de la ville de Roncheng. L'armée chinoise de Beiyang opposera une faible résistance pendant quelques heures avant de se replier. Une fois la base navale occupée, les Japonais utilisent l'artillerie côtière contre les navires chinois de la flotte de Beiyang. Le croiseur « Dingyuan » est sabordé, le croiseur « Zhenyuan » sera quant à lui capturé. L'amiral chinois Ding se suicidera et le reste de la flotte de Beiyang capitulera peu après.

bataille weihawei
Le major-General japonais Ōdera pendant la bataille de Weihaiwei.

La flotte chinoise n'existe plus et les Japonais ont atteint tous leurs objectifs. Même si quelques batailles auront encore lieu durant cette première guerre sino-japonaise, l'empire du Milieu entame dès à présent des négociations de paix avec l'empire du Soleil levant. Les observateurs internationaux restent surpris par l'effondrement rapide des forces chinoises et la rapidité de la campagne japonaise.

bataille weihawei ito
L'amiral japonais Itō Sukeyuki reçoit la délégation chinoise et accepte la capitulation de la flotte de Beiyang (l'illustration montre l'amiral chinois Ding offrant la capitulation de la flotte chinoise alors que l'officier supérieur s'était déjà suicidé).

D'importantes effectifs chinois se concentrent cependant pour tenter de briser l'occupation japonaise de la péninsule de Liaodong. Quatre attaques chinoises tentent vainement de reprendre le contrôle de ce territoire. Les Japonais contre-attaquent et se rapprochent du port franc de Yingkou (ou Niuzhang). Un barrage d'artillerie est mis en place par les Japonais et une offensive est menée sur la ville le 4 mars 1895 provoquant une résistance sporadique mais surtout la fuite du gros des troupes chinoises.

bataille weihawei sato
Le colonel Satō Tadashi portant le drapeau de l'armée impériale et menant l'offensive sur Niuzhang.

Ce sont les derniers combats sur le continent de la première guerre sino-japonaise et les Japonais continueront leur progression en se rapprochant du grand canal reliant Pékin à Nanjing. Le 20 mars 1895 commenceront les négociations du traité de Shimonoseki.

Entre le 23 et 26 mars 1895 a encore lieu une dernière campagne militaire japonaise sur les îles Pescadores, au large de l'île de Formose (Taïwan), afin d'empêcher des renforts chinois d'arriver et de négocier le contrôle de l'île de Taïwan pendant les tractations du traité de paix. Un corps expéditionnaire japonais de 5 000 hommes y est envoyé, venant rapidement à bout de la garnison locale et occupant l'ensemble de lîle en trois jours.

traite shimonoseki
Signature du traité de Shimonoseki.
traite shimonoseki kasagi
Croiseur japonais « Kasagi » donné par les Chinois comme tribut de guerre aux Japonais (le navire chinois« Kasagi », ainsi que son jumeau le « Chitose », avaient été construits par les États-Unis).
traite shimonoseki chitose
Croiseur japonais « Chitose » donné lui aussi par les Chinois comme tribut de guerre.

Le traité de paix est signé le 17 avril 1895. Il stipule la reconnaissance par la Chine des Qing de l'indépendance de la Corée, ainsi que la prise de contrôle par l'empire japonais de la péninsule de Liaodong, de l'île de Taïwan et des îles Penghu. Le Japon annexe aussi les îles Senkaku/Diaoyu même si le traité de paix n'y fait pas mention. Une forte indemnisation financière est également versée au Japon par la Chine.

Les officiels chinois tenteront cependant d'empêcher l'annexion de Taïwan en déclarant l'indépendance de l'île pendant les négociations du traité de paix. La résistance de la population taïwanaise à l'occupation japonaise sera âpre et durable mais la répression japonaise sera sans pitié.

traite shimonoseki
Illustration du magasin anglais « Punch » évoquant la victoire du « nain » japonais contre le « géant » chinois.

Le Japon récolte les succès dus à son industrialisation et à la modernisation de ses armées. Après la guerre remportée contre la Chine, le Japon apparaît dorénavant comme la grande puissance asiatique.

La plupart des navires japonais engagés étaient pourtant encore de construction occidentale (8 britanniques, 3 français et 2 japonais, 16 torpilleurs ont aussi été construits en France et assemblés au Japon). Mais les arsenaux construits avec l'aide des Français vont permettre aux Japonais de devenir indépendants et de construire bientôt eux-mêmes leur propre flotte de guerre.

kure 1911
Arsenal de Kure en 1911.

Cependant, la Russie s'oppose à l'annexion de la péninsule de Liaodong, et persuade la France et l'Allemagne de se joindre à elle afin d'annuler la cession de la péninsule. La Russie parviendra, à la grande fureur du Japon, à obtenir la concession de la péninsule de Liaodong pour 25 ans. Elle construira une voie de chemin de fer vers Port-Arthur (autrefois Lüshunkou).

japonais port arthur
Troupes japonaises honorant le soleil à Port-Arthur.

Les Occidentaux profiteront de la décadence de la Chine impériale et de la corruption de son administration pour obtenir de plus en plus d'avantages commerciaux et de concessions en Chine. Les Allemands acquièrent Qingdao et Jiaozhou, la France obtient Guangzhouwan, le Royaume-Uni obtient quant à lui Weihaiwei et Hong Kong.

traite shimonoseki
Caricature française du partage du « gâteau » chinois par les Occidentaux et le Japon au lendemain de la première guerre sino-japonaise.
asie carte
L'Asie au début du 20ème siècle.

Devant l'appétit russe et l'échec des négociations sur les sphères d'influence du Japon et de la Russie, les Japonais parviennent à signer une alliance militaire en 1902 avec le Royaume-Uni. L'alliance stipule que si le Japon est en guerre en Asie et qu'une troisième puissance intervient militairement contre le Japon, le Royaume-Uni pourra entrer en guerre aux côtés du japon. Cet accord menace donc l'Allemagne mais surtout la France, depuis que les accords franco-russes ont été signés en 1892. Dans un contexte européen de revanche contre l'Allemagne, la France a ainsi joué contre ses propres intérêts en participant à la modernisation du japon contre son allié géostratégique russe.

pont alexandre III
Le pont Alexandre III à Paris symbolisant l'amitié et l'alliance franco-russe entre 1892 et 1917.

Les accords inégaux signés avec les Occidentaux ayant détérioré la situation économique et sociale de la Chine, la défaite contre le Japon ne fait qu'envenimer la situation politique et le sentiment de xénophobie contre les étrangers. La révolte chinoise des Boxers (1899-1901) est d'abord un mouvement d'ouvriers agricoles auquel viennent s'agglomérer d'autres strates de la société chinoise. Les Boxers s'en prendront d'abord aux troupes impériales chinoises puis aux Chrétiens (30 000 Chinois chrétiens furent assassinés) ainsi qu'aux délégations occidentales.

revolte boxers
Uniformes des troupes occidentales et japonaises ayant mâté la révolte des boxers.

La répression sera féroce et sera conduite par la « ligue des huit nations » (Empire austro-hongrois, République française, Empire allemand, Royaume d'Italie, Empire du Japon, Empire de Russie, Royaume-Uni et États-Unis). Les Japonais fourniront presque la moitié des troupes de répression (20 000 sur 50 000 soldats). La dynastie Qing soutiendra d'abord la révolte des Boxers, avant de se rallier finalement aux Occidentaux, accentuant ainsi l'animosité de la population chinoise contre la famille impériale.

quartier legations occidentales
Plan du quartier des légations occidentales de Pékin à la fin du 19ème siècle.
soldats huit nations
Soldats de la ligue des huit nations en 1900 (de gauche à droite : britannique, étasunien, australien, indien, allemand, français, austro-hongrois, italien et japonais).

b/ La guerre contre la Russie (日露戦争, 1904-1905)

La Russie dispose enfin à Port-Arthur dans la péninsule de Liaodong d'un port lui permettant de faire mouiller en permanence une flotte de guerre sur la façade de l'océan Pacifique, le port de Vladivostok étant emprisonné par les glaces la moitié de l'année. Humilié par la rétrocession de la péninsule de Liaodong, le Japon tente cependant de déterminer des sphères d'influence réciproques entre les deux pays : la Corée pour le Japon (riche en fer et en riz) et la Mandchourie pour la Russie.

caricature russie
Caricature japonaise avec la pieuvre russe à la conquête de l'Asie.

Les Russes construisent une ligne de chemin de fer reliant Port-Arthur au reste du territoire russe, la ligne de chemin de fer débute en 1897 et s'achève en 1903. Les Russes construisent également une forteresse à Port-Arthur et ont comme projet d'étendre le chemin de fer jusqu'en Corée, à la grande inquiétude des Japonais. Les Russes occupent en fait de facto la Mandchourie en 1903 avec 100 000 hommes - officiellement pour protéger la ligne de chemin de fer -, après avoir concentré jusqu'à 180 000 soldats pendant la révolte des Boxers.

expansion
Expansion russe en Asie du sud-est.
liaodong port arthur
La péninsule de Liaodong (bleu) louée par les Chinois aux Russes pour 25 ans, et la forteresse de Port-Arthur (rouge).
Les Allemands obtiennent quant à eux, de l'autre côté de la mer de Bohai et toujours en territoire chinois, la location de la péninsule de Jiaozhou, et construisent aussi la forteresse de Tsingtao.

L'intransigeance russe de maintenir ses troupes en Mandchourie occupée et de ne pas faire de compromis avec le Japon s'expliquent de plusieurs manières. L'empereur Guillaume II incite le tsar à lutter contre le nouveau « péril jaune » et fait comprendre à son cousin Nicolas II qu'il interviendra éventuellement à ses côtés en cas de conflit contre le Japon. Le but de l'Allemagne est d'éloigner la Russie des Balkans, et de casser si possible l'alliance franco-russe et le système d'alliance en place afin de devenir le partenaire privilégié de la Russie.

garde imperiale
Garde impériale japonaise en 1904.

L'Allemagne ne serait cependant probablement pas entré en guerre en cas d’agression russe contre le Japon. La France ayant signifié quant à elle à la Russie que l'alliance franco-russe n'était valable que sur le théâtre européen. Les États-Unis incitent eux aussi les Russes à entrer en guerre contre le Japon, et le Royaume-Uni ne voit pas d'un mauvais œil ces deux ennemis potentiels que sont la Russie et le Japon se neutraliser mutuellement, lui laissant ainsi le champ libre ultérieurement pour continuer à dépecer la Chine.

croiseur russe novik
Croiseur russe « Novik »

Le Japon attaque finalement la flotte russe à Port-Arthur le 8 février 1904, avant de déclarer officiellement la guerre à la Russie trois heures plus tard. Selon les conventions internationales en vigueur à l'époque, cette attaque japonaise sans déclaration de guerre était encore envisageable. La seconde conférence de La Haye en 1907, en réponse à l'acte japonais, n'autorisera désormais plus cette pratique par la suite. La Russie, sonnée et incrédule, déclarera la guerre au Japon seulement huit jours plus tard.

≈ La bataille de Port-Arthur (旅順口海戦, 8-9 février 1904)

L'objectif des Japonais est d'abord d'annihiler la flotte russe afin de contrôler la mer du Japon et de pouvoir assurer le débarquement des troupes japonaises en Corée. Le 8 février 1904, seize destroyers japonais mènent de nuit une attaque de quelques heures à Port-Arthur en larguant des torpilles contre la flotte russe. L'attaque n'est pas un franc succès mais parvient à neutraliser les cuirassés russes « Retvizan » et « Tsesarevich » ainsi que le croiseur « Pallada ».

attaque port arthur
Attaque japonaise nocturne à Port-Arthur le 8 février 1904.

Le vice-amiral japonais Dewa Shigetō envoyé en reconnaissance fait état de la neutralisation de la flotte russe et d'un succès de l'opération nocturne menée par la flotte japonaise. Trompé par le rapport et inconscient que la flotte russe est en fait en ordre de bataille, l'amiral japonais Tōgō ordonne de la lancer une nouvelle attaque, faisant fi des batteries côtières russes et de la flotte russe prête au combat.

bataille port arthur
Accostage japonais d'un navire russe lors de la Bataille de Port-Arthur.

Les Japonais infligent des dégâts à la flotte russe mais subissent le feu nourri des cuirassés russes pleinement opérationnels. Conscient de la situation périlleuse de la flotte japonaise, l'amiral Tōgō décide de battre en retraite. Les navires japonais, pourtant sous le feu des batteries côtières russes, ont causé pourtant un peu plus de dommages que les Russes.

bataille port arthur
Bataille de Port-Arthur

Les Japonais pourront rapidement réparer dans le port de Sasebo les dégâts infligés sur leurs navires, alors que les Russes ne disposent que de très peu de moyens pour remettre en état leurs navires endommagés. La bataille se solde par une indécision au niveau tactique mais par une victoire stratégique japonaise. Les Japonais débarquent également en Corée dans la ville de Incheon, avant de s'emparer bientôt de toute la Corée et de se diriger vers la frontière mandchoue.

varyag
Le cuirassé russe « Varyag » est touché et sabordé par son équipage russe le 9 février 1904 pendant le débarquement japonais à Incheon (Chemulpo).

Les Japonais tentent de bloquer le port de Port-Arthur durant la nuit du 13 au 14 février 1904. Les Japonais coulent des navires afin d'empêcher la flotte russe de manœuvrer efficacement. Ils déploient également des mines afin d'empêcher les Russes de sortir du port. Les deux pays subiront des pertes de navires causées par les mines, parfois même en les posant.

port arthur
Port-Arthur en 1904

Le Japon décide ensuite de faire le siège de Port-Arthur (旅順攻囲戦, Août 1904-janvier 1905) malgré la forteresse récemment fortifiée par les Russes. Les 150 000 soldats japonais du général Nogi Maresuke font face aux 50 000 défenseurs russes retranchés du major-général Anatoly Stoessel. Les Russes disposent d'une importante artillerie ainsi que l'artillerie embarquée de leur marine de guerre.

progession japonaise port arthur
Progression de la 3ème armée japonaise à Port-Arthur (ligne bleue : 30 juillet, ligne rouge : 15 août, ligne jaune : 20 août, ligne verte : 2 janvier).
nogi maresuke
Le général Nogi Maresuke (乃木 希典), aussi connu sous le nom de Kiten ou comte Nogi (25 décembre 1849 – 13 septembre 1912).
Ce général fait figure de héros national et de modèle de fidélité et de sacrifice à l'empereur. Jeune commandant, ces troupes perdront en 1877 une bannière impériale pendant la rébellion de Satsuma. Il souhaite partir en mission suicide pour la récupérer mais en sera interdit par sa hiérarchie. Promu plus tard major-général, il capturera Port-Arthur pendant la guerre russo-japonaise mais estimera qu'il a perdu trop d'hommes sur le terrain. Il demandera la permission pour effectuer un suicide rituel mais ce dernier lui sera refusé (Nogi Maresuke perdra ses deux fils pendant cette guerre). Finalement, à la mort de son souverain en 1912, il se suicidera en compagnie de sa femme après les funérailles impériales. Le comte Nogi est aujourd'hui considéré comme un kami et est vénéré dans un sanctuaire shintō à Tōkyō.

L'objectif des Japonais est de s'emparer en premier lieu de deux collines surplombant la forteresse : Takushan et Hsuaokushan. Le barrage d'artillerie japonais commence le 7 août, les deux collines sont capturées par les japonais deux jours plus tard au prix de centaines de morts (1 400). Apprenant la perte de ces deux collines stratégiques pour la suite des opérations, la Russie envoie une flotte de guerre pour secourir la flotte risquant d'être bloquée à Port-Arthur.

batterie russe port arthur
Batterie russe pendant le siège de Port-Arthur.

Le 19 août est mené un assaut japonais sur l'ensemble du front. Les Japonais s'emparent de la colline 174 mais n'avancent pas sur les autres positions et laissent encore 16 000 hommes sur le champ de bataille. Les Japonais décident par la suite de stopper cette offensive trop coûteuse en vies humaines et décident d'établir un siège sur Port-Arthur.

batterie japonaise port arthur
Batterie japonaise pendant le siège de Port-Arthur.

Les sapeurs japonais construisent alors des tranchées afin de s'approcher des redoutes et des fortifications de Port-Arthur. L'empire du soleil-levant a aussi fait venir du Japon des obusiers capables d'infliger d'importants dégâts sur les positions russes. L'objectif suivant est la prise de contrôle de la colline 203.

assaut japonais
Assaut japonais contre les positions russes.

La tentative de prise de la colline 203 par l'armée impériale japonaise s'est soldée par de sanglants échecs jusqu'ici. Hors, cette colline surplombant le port et bien protégée par des travaux russes récents, est nécessaire pour mettre définitivement hors de combat la flotte russe qui est toujours stationnée à Port-Arthur. Les Japonais lanceront plusieurs vagues d'assaut qui seront fauchées par les lignes de barbelés et les nids de mitrailleuses russes. Les Japonais finissent par s'emparer de la colline 203 le 5 décembre 1904 au prix de milliers de morts. La résistance russe a été acharnée, seuls 1 500 hommes sont encore valides, 6 000 sont morts ou blessés.

colline 203
Colline 203

L'artillerie japonaise acheminée sur la colline 203 peut désormais bombarder méthodiquement la flotte russe. Les cuirassés « Poltava », « Retvizan », « Pobeda », « Peresvet » ainsi que les croiseurs « Pallada » et « Bayan » sont coulés quelques jours plus tard. Les 6 navires seront réparés et incorporés à la flotte japonaise. Le cuirassé « Sevastopol » sera sabordé quelques semaines plus tard par les Russes.

pallada
Le croiseur « Pallada » sous le feu de l'artillerie japonaise.

Le 18 décembre 1904, une mine de près de 2 tonnes explose sous le fort Chikuan. Les forts russes tombent ensuite les uns après les autres et une offre de capitulation est envoyée au Japon le 1 janvier 1905. les Japonais ont perdu 14 000 hommes durant le siège et comptent 33 000 blessés.

flotte russe
La flotte russe décimée après le bombardement japonais du haut de la colline 203.
peresvet
Navire russe « Peresvet » échoué à Port-Arthur en 1904.
≈ La bataille de la rivière Yalu (30 avril-1 mai 1904)

La bataille et le siège de Port-Arthur se déroulent sur une durée de plusieurs mois mais les combats terrestres commencent dès le début de l'année 1904. Les Russes adoptent une stratégie défensive en attendant de recevoir des renforts du train Transsibérien. Les 25 000 soldats russes commandés par le lieutenant-general Mikhail Zasulich défendent leurs positions en territoire mandchou et derrière la rivière Yalu. Les Japonais rapidement maîtres du territoire coréen se dirigent désormais vers la frontière chinoise. Fin avril, ce sont 42 000 soldats japonais commandés par le major-général Tamemoto Kuroki qui approchent de la rivière Yalu.

transsiberien russe
Voie de chemin de fer du Transsibérien russe.
yalu riviere
L'armée japonaise traverse la rivière Yalu.

Les Japonais s'emparent des deux îles près de l'embouchure de la rivière. Ils font ensuite mine de vouloir traverser la rivière en amont de la rivière alors qu'ils préparent leur attaque principale en aval de la rivière, tout près de l'embouchure.

carte yalu riviere
Carte de l'embouchure de la rivière Yalu.

L'attaque japonaise commence le 27 avril 1904 à 3 heures du matin lorsque la 12ème division japonaise traverse la rivière. Les Japonais parviennent à neutraliser l'artillerie russe et à encercler le flan gauche russe. Menacés d'encerclement, les Russes sonnent la retraite et laissent 600 hommes sur le terrain. Les Japonais comptent un millier de morts ou de blessés.

cosaques yalu
Contre attaque des cosaques russes pendant la bataille de la rivière Yalu.
≈ La bataille de Nanshan (南山の戦い, 24-26 mai 1904)

Forts de leur dernier succès, les Japonais envoient la 2ème armée japonaise dans la péninsule de Liaodong et sont à une centaine de kilomètres de Port-Arthur. L'objectif est de capturer le port de Dalny et d'assiéger ensuite Port-Arthur. Les Russes ont construit des tranchées barbelées munies de mitrailleuses et disposent aussi d'une centaine de pièces d'artillerie.

carte nanshan
Carte de la bataille de Nanshan.

Le 24 mai 1904 les Japonais s'y prennent à trois reprises pour arracher la localité de Chinchou. Une fois leur flanc sécurisé, les Japonais s'attaquent à la colline fortifiée de Nanshan. Le 25 mai 1904, un important barrage d'artillerie précède la montée au front de trois divisions japonaises. Les Japonais lancent successivement neuf assauts qui s'avèrent être tous infructueux.

bataille nanshan
Bataille de Nanshan

Les Japonais laissent des milliers de morts sur le terrain et les Russes ont repoussé efficacement les Japonais, mais le général russe Fok commandant la réserve russe, pris de panique, décide pourtant de battre en retraite vers Port-Arthur sans même en informer le commandement russe. Le colonel Tretyakov n'a pas d'autre choix que de se replier lui aussi vers Port-Arthur. Il perdra plus d'hommes durant cette retraite improvisée (600 hommes) que durant les combats de la journée (400 hommes). Les Russes ont aussi abandonné leurs positions bien défendables dans le port de Dalny.

bataille nanshan
Assaut japonais durant la bataille de Nanshan.
≈ La bataille de la mer jaune (黄海海戦, 10 août 1904)

Le 10 août 1904, l'escadre russe du Pacifique commandée par l'amiral Wilgelm Vitgeft et bloquée à Port-Arthur tente de briser le blocus maritime afin de rejoindre l’escadre russe de Vladivostok. L'amiral Wilgelm Vitgeft reçoit l'ordre d'agir alors que ce dernier aurait préféré attendre l'arrivée de la flotte de la Baltique envoyée en secours.

enseigne navale
Enseigne navale de la flotte impériale russe.

La flotte russe comprend 6 cuirassés (« Tsesarevich », « Retvizan », « Pobeda », « Peresvet », « Sevastopol », « Poltava »), 4 croiseurs renforcés (« Askold », « Diana », « Novik », « Pallada ») et 14 destroyers. Les Japonais leur opposent 4 cuirassés (« Mikasa », « Asahi », « Fuji », « Shikishima »), 4 croiseurs renforcés, 8 croiseurs, 18 destroyers et 30 torpilleurs. La flotte russe s'engage vers le sud-est à une vitesse de 13 nœuds afin de gagner la haute mer. La flotte de l'amiral japonais Tōgō se lance à sa poursuite depuis le nord-est à la vitesse de 14 nœuds avec comme objectif de l'empêcher de retourner à Port-Arthur. Une autre flotte japonaise de 4 croiseurs de l'amiral Dewa arrive du sud-ouest à la vitesse de 18 nœuds.

mikasa
Vaisseau amiral « Mikasa » de l'amiral Tōgō.
etendard amiral
Étendard de l'amiral de la flotte impériale japonaise (1899-1945).
Une variante de ce drapeau est aujourd'hui l'étendard des forces d'auto-défense japonaises

Désormais conscient que la flotte russe a comme objectif de rejoindre l'escadre russe à Vladivostok, l'amiral Tōgō décide de rattraper la flotte russe et d'engager le combat. Il coupe la route de la flotte russe en « barrant le T » et fait feu avec ses batteries, mais la distance entre les deux flottes est encore trop grande. L'amiral Tōgō ordonne ensuite à tous ses vaisseaux de manœuvrer et de se mettre en ligne face à la flotte russe. Les Japonais touchent 12 fois au but le vaisseau russe « Retvizan » mais perdent également leur centre de communication radio dès le début de la bataille et doivent utiliser la signalisation avec les drapeaux.

shikishima
Cuirassé japonais « Shikishima »
shikishima
Un des premiers sous-marins japonais, de classe « Holland 1 », fabriqué par les Britanniques.

Le navire russe « Poltava », connaissant des avaries moteur, est touché de façon critique. Les navires japonais « Mikasa » et « Asahi » font feu sur lui mais subissent en retour le feu roulant des autres navires russes. L'amiral Dewa et ses quatre vaisseaux arrivent sur les lieux mais essuient des tirs de la flotte russe et décide de se désengager des combats. La situation demeure indécise jusqu'au coup au but réussit d'un obus de 305 mm du navire japonais « Asahi » sur la passerelle de commandement du navire amiral russe « Tsesarevich », tuant sur le coup l'amiral russe Vitgeft ainsi que son proche entourage.

tsasarevich
Cuirassé russe « Tsasarevich »

Le prince russe Pavel Ukhtomsky à bord du « Peresvet » se rend compte que le navire amiral est hors de contrôle et tente de prendre le commandement de la flotte russe. Il envoie des signaux au reste de l'escadre russe de rallier Port-Arthur mais les japonais tentent de l'encercler. Le navire russe « Retvizan » qui a été prévenu par le « Peresvet » fait face à la flotte japonaise et fait feu avec toutes ses batteries. Cette manœuvre courageuse permet d'empêcher la destruction du navire amiral russe « Tsasarevich ». Les Japonais décident ensuite de rompre le combat.

retvizan
Cuirassé russe « Retvizan »

Le gros de l'escadre russe parvient finalement à regagner Port-Arthur, même si certains navires n'ont pas d'autres choix que de se rendre dans des ports chinois. Cette bataille fut la première confrontation entre vaisseaux modernes de ce type. Ce combat naval a aussi vu des tirs inédits de plus de 6 km de distance. Les Russes comptent six navires endommagés dont un très sévèrement. Les Japonais comptent deux navires endommagés dont deux très sévèrement. Bataille tactique indécise, c'est cependant encore une victoire stratégique japonaise étant donné la quasi incapacité de réparation des navires russes à Port-Arthur.

tsasarevich
Cuirassé russe « Tsasarevich » endommagé après la bataille de la mer jaune et retenu dans le port chinois de Tsingtao concédé aux Allemands.
≈ La bataille de Liaoyang (遼陽会戦, 25 août-5 septembre 1904)

La bataille de Liaoyang est la première grande confrontation terrestre entre les deux armées japonaise et russe. La ville stratégique de Liaoyang se situe entre la ville de Mukden et Port-Arthur et dispose de trois lignes de fortifications russes. Le général russe Aleksey Kuropatkin dispose de 240 000 hommes et de 400 pièces d'artillerie. Aleksey Kuropatkin répartit son armée en trois groupes et décide d'adopter une attitude défensive en attendant des prochains renforts. Les Japonais disposaient de quatre corps d'armée mais le 3ème corps a été envoyé à Port-Arthur pour participer au siège. Le général japonais Ōyama Iwao dispose donc de 125 000 hommes répartis entre les 1er, 2ème et 4ème corps d'armée ainsi que de 400 pièces d'artillerie.

bataille liaoyang
Carte de la bataille de Liaoyang.

Le front s'étend sur 19 kilomètres et le sol détrempé favorise les défenseurs russes. Les Japonais ont attendu 3 semaines que le corps d'armée envoyé à Port-Arthur s'empare de la forteresse, mais compte tenu de la résistance russe, les Japonais préfèrent prendre l'initiative à Liaoyang avant que les renforts russes arrivent. Le 1er corps d'armée japonais attaque depuis le sud-ouest, le 4ème corps d'armée japonais par le sud-est, et le 2ème corps d'armée japonais est en réserve.

etat major japonais
État-Major japonais à la bataille de Liaoyang.

La bataille commence le 25 août 1904 par un barrage d'artillerie japonais puis d'une attaque de la garde impériale japonaise repoussée par les Russes. Pendant la nuit, les 2ème et 12ème divisions japonaises attaquent victorieusement à l'est le 10ème corps d'armée russe. Les Russes décident de se replier sur la première ligne de défense russe. Le reste du front résiste bien à la poussée japonaise mais le commandement russe décide pourtant le 26 août de replier l'ensemble des troupes derrière la deuxième ligne de défense russe.

bataille liaoyang
Bataille de Liaoyang

Le 30 août 1904, une nouvelle offensive générale est menée par les Japonais sur l'ensemble du front. Les forces russes, bien soutenues par leur artillerie, infligent des pertes très importantes dans les rangs japonais. Mais là encore, en dépit des conseils de ses généraux, Aleksey Kuropatkin surestime les forces japonaises et ne lance pas de contre offensive en engageant sa réserve stratégique.

blesses russes
Blessés russes pris en charge par la Croix-Rouge.

Le 1er septembre, les Japonais attaquent à nouveau et le commandant en chef russe décide à nouveau d'abandonner ses positions défensives pourtant avantageuses et de se replier sur la troisième ligne de défense russe. Les Japonais peuvent maintenant bombarder la gare de la ville afin d'empêcher les Russes de recevoir des renforts. Les Russes contre-attaquent enfin mais de façon désordonnée, ces derniers s'emparent finalement d'une colline stratégique mais des régiments russes se tirent les uns sur les autres peu de temps après. Les Russes ne parviennent finalement pas à tenir leur position et entament la retraite de leurs forces vers la ville de Mukden le 3 septembre 1904.

ballon russe
Ballon russe utilisé durant la bataille de Liaoyang.

La retraite russe s'effectue en bon ordre et les japonais renoncent à les poursuivre. La bataille décisive n'est que reportée à une date ultérieure. Les Japonais comptent 5 500 morts et 18 000 blessés, les Russes dénombrent 3 600 morts et 14 000 blessés.

≈ La bataille de Shaho (沙河会戦, 5-17 octobre 1904)

Obligés de reprendre l'initiative avant l'hiver afin de desserrer l'étau japonais sur Port-Arthur, les Russes passent à l'offensive. Le général Aleksey Kuropatkin dispose de 210 000 hommes. Il a face à lui le maréchal Ōyama Iwao commandant 170 000 hommes.

kuroki tamemoto ian hamilton
Le général japonais Kuroki Tamemoto et l'officier britannique Sir Ian Hamilton.
De nombreux observateurs étrangers sont présents durant ce premier conflit de grande ampleur utilisant des armes nouvelles pour l'époque.

La bataille commence le 5 octobre 1904 par l'envoi d'un détachement russe à travers un terrain montagneux au nord-ouest de la ville de Shaho. L'objectif est de faire croire aux Japonais qu'une offensive se prépare à l'ouest alors que les Russes concentrent leurs forces au nord-est de la ville. La ruse fonctionne jusqu'à ce qu'une lettre prise sur un officier russe trahisse la manœuvre. Les Japonais contre-attaquent victorieusement au centre et au nord-est à partir du 10 octobre 1904.

kuroki tamemoto ian hamilton
Infanterie japonaise pendant la bataille de Shaho.

Le flanc droit russe est bousculé le 11 octobre par la 4ème division japonaise, obligeant les Russes à battre en retraite. Le 12 octobre, c'est au tour du flanc gauche russe de vaciller et d'obliger les Russes à reculer sous la pression japonaise. Pendant la nuit, les Japonais de la 10ème division s'emparent d'une crête stratégique (appelée « les trois rocs » par les Japonais) donnant accès à la plaine et la ville de Mukden. Les Russes parviennent à se désengager en bon ordre grâce au sacrifice du 6ème corps d'armée sibérien et au prix de nombreuses pertes. Les Russes considèrent la reprise de Sankaisekisan (« les trois rocs ») comme indispensable et lancent une attaque générale victorieuse le 16 octobre 1904.

bataille shaho
Bataille de Shaho

Les Japonais ont finalement avancé de 25 kilomètres en direction de Mukden mais ont su surtout définitivement annihilé toute tentative d'intervention russe terrestre pour briser le siège de Port-Arthur, forteresse qui tombera finalement quelques mois plus tard. Les Russes comptent 41 000 victimes dont 11 000 morts. Les Japonais ont eu 20 000 blessés et 4 000 tués. Les deux armées casernent durant l'hiver et préparent la reprise des hostilités en début d'année prochaine.

≈ La bataille de Sandepu (黒溝台会戦, 25-29 janvier 1905)

La bataille se déroule à 60 km au sud de la ville de Mukden. Les Japonais sont retranchées à 160 km au sud de Mukden et pensent qu'aucune offensive russe ne sera menée durant l'hiver. Le général russe Aleksey Kuropatkin souhaite pourtant agir avant l'arrivée en renfort de la 3ème armée japonaise qui s'est emparée de Port-Arthur le 2 janvier 1905.

La bataille commence le 12 janvier 1905 par un raid de 6 000 cavaliers russes afin de s'emparer de la station de Newchaang et détruire les voies de chemin de fer. Les Russes ne parviennent cependant pas à s'en emparer.

bataille sandepu
Pièce d'artillerie de 12cm de type 38 dans la forteresse japonaise de Geiyo.

L'offensive russe continue le 19 janvier par une attaque avortée de la 2ème armée mandchoue sur le flanc droit japonais. Le 25 janvier, les Russes attaquent les villages fortifiés de Heikoutai et de Sandepu. Les Russes se trompent cependant de village et envoient un faux rapport au commandement russe. Ils finiront pas battre en retraite après un tir de barrage japonais.

bataille sandepu
Carte postale russe de la bataille de Sandepu.

Le 28 janvier 1905, à son initiative personnelle, le général russe Stackelberg s'empare cette fois du village de Sandepu. Le commandant en chef des forces russes Kuropatkin lui ordonne cependant de battre en retraite et relève Stackelberg de ses fonctions pour insubordination. Les Japonais contre attaquent et réussissent à reprendre le village de Heikouta le 29 janvier. La bataille ne connaît ni vainqueur ni vaincu mais les 3ème (ayant achevée le siège de Port-Arthur) et 5ème armées japonaises arrivent bientôt en renfort.

≈ La bataille de Mukden (奉天会戦, 20 février-10 mars 1905)

La fin de l'hiver approchant - mais les cours d'eau étant encore gelés - et forts désormais de 270 000 hommes, les Japonais décident de passer à l'offensive. D'autant plus qu'ils souhaitent porter le coup décisif contre l'armée russe avant l'arrivée de la flotte de la Baltique après son long périple autour de l'Afrique (cette dernière a été retardée du fait du refus britannique de laisser les navires russes traverser la canal de Suez en Égypte). Les Russes disposent de 340 000 hommes grace aux renforts arrivés avec le Transsibérien. Il s'agit de la plus grande bataille de l'ère moderne et fait office de prémice au premier conflit mondial de 1914-1918.

carte mukden
Carte de la bataille de Mukden.

La bataille commence le 20 février 1905 avec l'attaque de la 5ème armée japonaise sur le flanc droit du front russe. La 4ème armée japonaise attaque le 27 février à l'est du front. Les 2ème et 3ème armées japonaises attaquent à l'Ouest en essayant d'encercler dans un mouvement tournant la ville de Mukden. Le 1 mars, les Japonais enregistrent des pertes importantes et n'ont progressé que de quelques kilomètres au sud-ouest de Mukden.

attaque japonaise
Attaque japonaise sur les lignes de défense russes à Mukden.

Le général Kuropatkin craint cependant l'encerclement de son aile droite et fait transférer le 7 mars des troupes de l'aile gauche à l'aile droite. Mais le mouvement de troupes est mal coordonné et les 1ère et 3ème armées russes n'arrivent plus à tenir leurs positions sur le front est. Le commandant russe préfère se désengager et reconstituer ses troupes au nord de la ville de Mukden.

division japonaise
Divisions en formation de la 1ère armée japonaise après la bataille de Mukden.

Le maréchal japonais Ōyama Iwao profite de l'occasion pour lancer ses troupes à la poursuite des Russes grâce aux cours d'eau encore gelés. Les batteries russes infligent toutefois de gros dégâts dans les rangs japonais, mais l'aile droite russe menace toujours d'être prise en étau pas les armées japonaises en mouvement. Le 9 mars Kuropatkin préfère sonner la retraite. Les Japonais occupent Mukden le 10 mars 1905 et sont toujours à la poursuite des Russes complètement désorganisés qui tentent toujours de s'échapper.

retraite russe
Retraite de l'armée russe après la bataille de Mukden.

Cette victoire japonaise décisive est une coup dur pour le prestige de la Russie tsariste et un coup de tonnerre dans les chancelleries occidentales. Les Russes comptent 8 000 morts, 50 000 blessés et 22 000 prisonniers. Ils ont perdu l'ensemble de leur matériel ainsi que leur artillerie et leurs mitrailleuses. Atteints psychologiquement, les Russes marcheront pendant deux semaines et finiront par se replier au nord de la Mandchourie.

ours russe
Caricature anglaise après la prise de Port-Arthur par les japonais (l'ours russe est muselé).

La victoire japonaise se paye au prix de 15 000 morts et de 60 000 blessés mais l'objectif d'expulser les Russes du sud de la Mandchourie avant l'arrivée de la flotte de la Baltique est atteint. Leur ligne de ravitaillement étant trop étendue, les Japonais ne se risquent cependant pas à tenter d'expulser définitivement les Russes du territoire chinois.

cauchema tsar
Esquisse japonaise dans laquelle le tsar Nicolas II fait un cauchemar et demande à ses troupes de retourner sur le champ de bataille.
≈ La bataille de Tsushima (日本海海戦, 27-28 mai 1905)

La flotte de la Baltique sous le commandement de Zinovy Rozhestvensky a enfin achevé son périple de sept mois autour du monde, après être passé par le cap de Bonne-Espérance. Une partie de la flotte a cependant traversé le canal de Suez.

Au début du trajet les marins sont peu expérimentés et le commandement est obnubilé par la présence possible de torpilleurs japonais.

trajets flotte baltique
Trajets de la flotte de la Baltique vers le Pacifique nord (en bleu : seconde escadre du Pacifique ; en rouge : unité « Dobrotvorsky » ayant traversé le canal de Suez ; en orange : détachement « Nebogatov »).

La flotte russe fera feu sur des pêcheurs britanniques lors de l'incident du « Dogger Bank » pendant la nuit du 21 au 22 octobre 1904. La marine de guerre britannique mettra en alerte 28 cuirassés et l'amiral russe sera contraint de faire escale dans le port espagnol de Vigo afin de débarquer les responsables de l'incident. Pour les Britanniques, c'est surtout un signal envoyé à l’expansionnisme russe en Asie et un moyen de montrer sa contrariété face à l'alliance franco-russe. Les Français, qui ont tout intérêt à ménager leurs deux alliés dans une bloc anti-allemand, organiseront une conférence de conciliation entre les deux parties.

incident dogger
Chalutiers britanniques endommagés durant l'incident du Dogger.
Les Russes feront aussi feu sur des navires de leur propre flotte pendant l'incident.

Les Britanniques obligeront tout de même les Russes à ne pas emprunter le canal de Suez, et tenteront aussi de faire pression - mais sans succès - sur les autorités françaises pour que la flotte russe ne puisse pas faire escale dans les ports français d'Afrique et d'Extrême-Orient. La flotte russe, qui a pourtant fait escale en Indochine française, finit par se rassembler et atteindre le détroit de Malacca le 5 avril 1905. Les navires russes mal entretenus sont de plus en plus lents avant d'entamer la dernière partie de leur long périple de 33 000 kilomètres devant aboutir à Vladivostok - le port de Port-Arthur étant tombé aux mains des Japonais -, en passant par le détroit de Tsushima (séparant la Corée du japon).

detroit tsushima
La mer du Japon et le détroit de Tsushima.
amiral togo
L'Amiral Tōgō sur le pont du « Mikasa » avec son État-Major.
pavillon z
L'amiral Tōgō fit hisser le pavillon « z » à 13h40, signifiant pour le reste de la flotte que « le sort de l'empire du Japon dépendait de l'issue de cette bataille et qu'il attendait en retour que chacun fasse son devoir ».
Les Japonais ont donc une interprétation particulière de ce drapeau qui ne correspond dans la signalétique maritime qu'à la lettre z. Le drapeau « z » sera aussi hissé 35 ans plus tard par le vice-amiral Nagumo avant l'attaque sur la base étasunienne de Pearl Harbor. Pour les militaires et selon l'usage international, le drapeau « z », combiné à plusieurs autres drapeaux, correspond aussi à un signal pour coordonner la flotte à partir d'un instant t (temps universel coordonné).

Le 27 mai 1905 la flotte japonaise appareille suite au signalement par télégramme d'un croiseur auxiliaire japonais qui a d'abord aperçu les feux d'un navire-hôpital de l'escadre russe à 4h55. La flotte japonaise commandée par l'amiral Tōgō Heihachirō est constituée de 5 cuirassés, 27 croiseurs, 21 destroyers et 37 torpilleurs. La flotte russe se compose de 11 cuirassés, 6 croiseurs et 9 destroyers. Une première escadre japonaise mouillant en Corée quitte le port coréen de Masampo à 5h05. Une deuxième escadre japonaise quitte le Japon pour se rendre elle aussi dans le détroit de Tsushima.

mouvements flottes
Mouvements des flottes japonaise et russe lors de la bataille de Tsushima.

L'objectif des Japonais est d'empêcher la flotte russe de rejoindre Port-Arthur. La flotte japonaise basée en Corée se dirige donc vers l'est afin de couper la route de l'escadre russe. Une fois que les premiers navires russes sont en vue (13h39), l'amiral Tōgō vire vers le sud-ouest. La séquence suivante consiste à faire demi-tour et à virer vers l'est (14h05) afin de « barrer le T » de la flotte russe. La manœuvre rend les navires japonais, alignés sur une longue file, sujets aux tirs russes pendant de longues minutes mais permettra ensuite aux navires japonais de faire feu avec l'ensemble de leurs batteries principales et secondaires.

bataille tsushima
La flotte combinée japonaise (en blanc) partie de Corée « barre le T » à la flotte russe (en rouge).

Le navire amiral japonais « Mikasa » de l'amiral Tōgō, situé en tête, reçoit une quinzaine d'obus durant la manœuvre. Mais le maintien de la formation en ligne offre désormais une optimisation des tirs japonais sur les navires russes. Les lignes russes commencent à se disloquer et les Japonais, tout en maintenant leur formation de combat en ligne, coulent les navires russes les uns après les autres.

bataille tsushima
Premiers engagements au début de la bataille de Tsushima.
bataille tsushima
Situation vers 16h, la flotte russe est pris en étau.
bataille tsushima
Situation vers 17h, la flotte russe s'enfuit.

À 18h, les deux flottes se rapprochent à nouveau et les navires japonais continuent de faire un carnage sur la flotte russe de plus en plus désorganisée. Les vaisseaux russes continuent de rompre le combat les uns après les autres et tentent de fuir vers n'importe quelle direction. Les navires « Kniaz Souvorov », « Borodino » et « Imperator Aleksandr III » sont coulés entre 19h et 20h.

kniaz souvorov
Le navire russe « Kniaz Souvorov » est coulé vers 19h.

Avant la nuit, entre 20h et 23h, une autre vague de 21 destroyers et de 37 torpilleurs japonais fond sur les navires russes et continue de faire des ravages parmi les vaisseaux désemparés. Certains navires russes, trop endommagés et incapables de naviguer, sont même sabordés par leurs équipages.

oslabaya
Le navire russe « Oslyabya » coulé vers 15h lors de la bataille de Tsushima.

Le lendemain matin, la chasse continue et les six navires de la flotte de Nebogatov sont obligés de se rendre près de l'île de Takeshima. Les Japonais n'ont pas tout se suite interprété le code « XGE » indiquant une reddition et ont continué à faire feu sur les vaisseaux russes pendant quelque temps. Seuls trois navires russes parviendront finalement à rallier Vladivostok.

oleg
Le croiseur russe endommagé « Oleg » après la bataille.

Les Japonais ont bénéficié de navires plus modernes et d'équipages mieux entraînés ayant déjà eu l'expérience du combat naval. Ils ont aussi utilisé des télémètres optiques plus récents que leurs adversaires, et fait un bon usage également de la télégraphie.

zemtchuga
Le croiseur russe endommagé « Zemtchug ».

Côté russe, le bilan est terrible : 4 400 hommes sont morts, 6 000 hommes ont été faits prisonniers. La marine russe a perdu 8 cuirassés, 4 croiseurs et 6 destroyers. Presque tous les autres navires - à l'exception de 3 navires - ont été sabordés, capturés ou donnés au Japon suite aux accords de paix. Les Japonais ont perdu 3 torpilleurs et comptent 117 morts et 500 blessés.

capture navires russes
Capture des navires russes de l'amiral Nebogatov près de l'île de Takeshima.
≈ L'invasion de Sakhaline (樺太の戦い, 7-28 juillet 1905)

Suite à leur victoire navale décisive, les Japonais décident d'envahir l'île de Sakhaline afin d'obliger les Russes à entamer des négociations de paix. 14 000 soldats de la 13ème division japonaise y sont envoyés et s'emparent rapidement le l'île.

sakhaline
Contrôle de l'île de Sakhaline par les Japonais.
caricature japonaise
Caricature japonaise

Le Tsar de Russie, qui avait souhaité profiter d'une victoire contre le Japon pour redorer son blason et faire oublier les problèmes intérieurs russes, est contraint de demander la paix à l'empire du Japon. Le traité de Porstmouth signé aux États-Unis le 5 septembre 1905 oblige la Russie à céder la moitié sud de l'île de Sakhaline et le port de Port-Arthur au japon, ainsi que son désengagement complet de Mandchourie. C'est une humiliation pour la Russie et une perte de prestige importante pour le tsar.

traite porstmouth
Traité de Porstmouth

Des protestations populaires - émeute d'Hibiya (日比谷焼打事件) - se dérouleront au Japon accusant les autorités d'avoir bradé les victoires contre les Russes. Les émeutiers leur reprochent de ne pas avoir annexé l'ensemble de l'île de Sakhaline et la péninsule de Liaodong, mais aussi que la Russie n'ait aucune indemnité de guerre à payer au Japon. 17 personnes seront tuées, 350 bâtiments détruits ou endommagés et les trois-quart des postes de police tokyoïtes seront détruits. Les négociateurs japonais du traité accuseront les États-Unis d'avoir été de parti pris et d'avoir tout fait pour alléger le tribut de guerre russe à payer au Japon.

emeute hibita
Incendie lors de l'émeute de Hibiya.

Il s'agit de la première guerre remportée à l'initiative d'une nation non-européenne depuis les conquêtes de l'empire ottoman au 16ème siècle. Certains chercheurs pensent que le bellicisme allemand d'avant-guerre a été conforté par le fait que la Russie, alliée de la France et de l'Angleterre, ne constituait en fait pas une menace réelle et qu'un conflit européen, compte tenu des alliances en cours, tournerait en sa faveur.

etat major kuroki
Le général Kuroki et son État-Major, accompagné d'observateurs étrangers.

La Corée sera annexée par le Japon en 1910, sans toutefois provoquer de remous dans la communauté internationale, les Européens étant surtout préoccupés par la montée des tensions dans les Balkans et par un éventuel conflit de grande ampleur en Europe.

annexion coree
La Corée est annexée à l'empire japonais en 1910.
gouverneur japonais coree
Drapeau japonais du Résident-général de Corée entre 1905 et 1910 (« Tōkanki »).
gouvernement general coree
Sceau du Gouverneur-Général du Japon en Corée occupée entre 1910 et 1945.

c/ La Première Guerre mondiale (1914-1918)

Ayant signé une alliance militaire avec la Grande-Bretagne en 1902 - mais n'obligeant toutefois pas le Japon à entrer en guerre contre l'Allemagne dans les circonstances de 1914 - et profitant surtout de cette occasion pour conforter sa position de première puissance asiatique et étendre sa sphère d'influence, le Japon participe au premier conflit mondial aux côtés des forces de l'entente (France, Royaume-Uni et Russie). Lorsque l'Allemagne rentre en guerre, la flotte est-asiatique allemande basée à Tsingtao est dispersée. Une flotte principale composée principalement de quatre croiseurs est contrainte à naviguer afin d'échapper aux flottes alliées dans le Pacifique.

traite shimonoseki
La Chine est morcelée en différentes sphères d'influence occidentales en 1914.
Les grandes puissance de l'époque s'opposeront par la suite au Japon lorsque ce dernier empiétera un peu trop sur leurs domaines réservés et très lucratifs marchés en terre chinoise.
oceanie 1914
Les zones d'influence en Océanie en 1914.
possessions allemandes pacifique
Possessions allemandes dans l'océan Pacifique (îles Marshall, Mariannes et Carolines, et nord-est de la Nouvelle-Guinée).
scharnhost gneisenau
Route empruntée par les navires allemands « Scharnhost » et « Gneisenau » à travers l'océan Pacifique.
Le « Emden » entamera une guerre de course dans l'Océan Indien. Il obtiendra quelques succès avant d'être coulé par le navire australien HMAS « Sydney ».
Le « Scharnhost » et le « Gneisenau » étaient dans le port de Panape dans les îles Carolines de possession allemande lorsque la guerre éclate. Un point de rendez-vous est d'abord donné aux bateaux allemands dans les îles « Mariannes ». Une partie de la flotte allemande du Pacifique mènera ensuite un raid sur la Polynésie française avant de prendre la direction de l'Amérique du sud pour tenter éventuellement de regagner l'Allemagne. Elle remportera la bataille de Coronel avant d'être défaite lors de la bataille des îles Falkland en décembre 1914.

C'est donc à la demande du Royaume-Uni - mais tout en y voyant un bénéfice - que le Japon lance un ultimatum puis déclare la guerre à l'empire allemand le 23 août 1914. Passant outre la non autorisation des Britanniques pour s'emparer des possessions allemandes dans le Pacifique, le Japon envoie des navires pour occuper les territoires allemands. L'empire du soleil-levant va aussi tenter de s'emparer de la possession allemande de Tsingtao dans la péninsule chinoise du Shandong.

haruna
Le cuirassé japonais « Haruna » à Kobe en octobre 1914.
jiaozhou tsingtao
Péninsule de Shandong et ville de Tsingtao.
≈ Le siège de Tsingtao (27 août-7 novembre 1914)

Le siège de Tsingtao (aujourd'hui Qingdao) est une opération conjointe japonaise et britannique contre le port chinois de Tsingtao contrôlé par les Allemands. Il s'agit de la plus importante confrontation dans le Pacifique durant la Première Guerre mondiale. L'essentiel de cette opération terrestre et navale est supporté par les Japonais. Les Allemands ont fortifié la péninsule et établi plusieurs lignes de défense depuis la guerre des Boxers. Ils ont aussi posé des mines dans le port.

tsingtao
Tsingtao en 1905

Les Britanniques envoient le cuirassé « Triumph » et le destroyer « Usk ». Les Japonais projettent quant à eux les cuirassés « Kawachi » et « Settsu », les croiseurs « Suwo », « Kongō » et « Hiei » ainsi que le porte-avions « Wakamiya » qui sera le premier à effectuer des missions terrestres et maritimes. Il s'illustrera aussi par le premier bombardement nocturne de l'histoire. Les Britanniques envoient 1 500 hommes, les Japonais 23 000 ainsi que 140 pièces d'artillerie. Les 3 600 soldats allemands organisent la défense, accompagnés de quelques marins austro-hongrois et de troupes coloniales chinoises.

allemands tsingtao
Soldats allemands à Tsingtao pendant le siège.
suwo
Le croiseur « Otowa » (à gauche) et l'ex-cuirassé russe « Pobeda » (à droite), sabordé pendant la guerre russo-japonaise puis renfloué et incorporé (rebaptisé « Suwo ») dans la marine impériale japonaise (photo datant de 1906 dans le port de Yokosuka).
kongo
Le cuirassé « Kongō », un des derniers navires de la flotte impériale japonaise commandé et fabriqué à l'étranger (Royaume-Uni).

Le 2 septembre 1914 la canonnière allemande « Jaguar » coule le destroyer japonais « Shirotaye ». Le 6 septembre un avion japonais lancé par le « Wakamiya » - une première mondiale - bombarde sans succès les navires dans le port. Le 28 septembre la canonnière « Jaguar » coule cette fois le croiseur japonais « Takashio ».

wakayima
Le porte-avions japonais « Wakamiya ».
caricature japonaise
Caricature japonaise sur les belligérants de la Première Guerre mondiale.

Les Japonais lancent un assaut terrestre le 13 septembre depuis l'ouest de la péninsule. Les Allemands sont obligés de se réfugier dans la ville de Tsingtao. Devant la progression japonaise et désormais piégés dans le port, les Allemands sabordent leurs navires. Le 17 octobre un torpilleur allemand coule le croiseur « Takachiho ». Les Allemands sont ensuite soumis à un violent tir d'artillerie par terre et par mer, ils déposent finalement les armes le 16 novembre 1914.

allemands
Fusiliers marins allemands du 3ème « Seebataillon » en position dans les tranchées.
tsingtao bataille
Bataille de Tsingtao
tsingtao canon 45
Artilleurs japonais utilisant un canon de 240mm de type 45 pendant le siège de Tsingtao.
takachiho
Croiseur japonais « Takachiho » construit par les Britanniques.

Les Japonais dénombrent 733 morts et 1 228 blessés (les Britanniques 12 morts et 53 blessés). Les Allemands déplorent 199 morts et 504 blessés. Les prisonniers allemands seront internés au Japon dans le camp de Bandō, ils seront rapatriés en Allemagne en 1920 ; 170 prisonniers allemands choisiront cependant de rester au Japon après la fin du conflit.

prisonniers allemands
Avion japonais « Maurice Farman » utilisé durant le siège de Tsingtao.
asama
Croiseur japonais « Asama » à Malte pendant la Première Guerre mondiale.
Les Japonais interviendront plusieurs fois aux côtés de leur allié pendant le guerre. Une flotte japonaise sera envoyée mâter une rébellion de troupes indiennes à Singapour en 1915. Une autre flotte de deux cuirassés et de quatre destroyers sera aussi envoyée en 1916 en Méditerranée - en passant par le canal de Suez - sur l'île de Malte afin de sécuriser les convois alliés en Méditerranée.
kaba
Destroyer japonais de classe « Kaba » (ici en Chine en 1925) également du voyage à Malte pendant la Première Guerre mondiale.
nisshin
Croiseur japonais « Nisshin » à Port-Said en Égypte pendant la Première Guerre mondiale (photo colorisée).
prisonniers allemands
Prisonniers allemands à bord du « Hōfuku Maru » de retour à Wilhelmshaven en Allemagne en février 1920.
≈ La conférence de la paix à Paris (1919)

Présents lors de la conférence de paix à Versailles en 1919, la délégation japonaise de Saionji Kinmochi demande l'égalité raciale (entre pays membres de la Société des Nations) et la possession des anciens territoires allemands en Asie (territoire chinois de Shandong et les îles allemandes du Pacifique au nord de l'équateur : Mariannes, Marshall et Carolines - en 1 sur la carte suivante) qu'elles occupent depuis octobre 1914. La demande du Japon concernant l'égalité raciale sera rejetée, notamment par les États-Unis et l'Australie, pays où sévit encore à l'époque la discrimination raciale.

delegation japon
Délégation japonaise lors de la conférence de Paix à paris en 1919.
possessions allemandes
Anciennes possessions allemandes du Pacifique en 1914 (le territoire n°1 sera attribué aux Japonais, le n°2 aux Australiens, le n°3 aux Britanniques et le n°4 aux Étasuniens).
mandats pacifique
Mandats attribués par la Société des Nations dans l'Océan Pacifique en 1921.
pacifique sud japonais
Mandat japonais du Pacifique-Sud (日本委任統治領南洋群島) accordé par la SDN à la fin de la Première Guerre mondiale, regroupant toutes les anciennes possessions allemandes situées dans le pacifique nord (îles Mariannes, Marshall et Carolines). Le mandat spécifiait des visites annuelles de la SDN sur les îles mais le Japon les refusera et continuera à occuper les îles après son départ de la SDN en 1935.
embleme pacifique sud japonais
Emblème du mandat japonais du Pacifique-Sud (1919-1947).

Le rejet de la proposition d'égalité raciale du Japon - qui était un moyen pour ne plus être dépendant des traités inégaux - sera vu comme une nouvelle humiliation pour le Japon. D'autant plus que l'immigration des nations asiatiques était de plus en plus limitées dans les nations anglo-saxonnes et en particulier aux États-Unis (menace du nouveau « péril jaune »). Certains historiens pensent que cet affront a aussi contribué à la montée du nationalisme japonais.

delegation japon
Membres de la délégation japonaise à Paris (Makino Nobuaki, Saionji Kinmochi et Chinda Sutemi).
delegation japon
Manifestation d'étudiants chinois du « mouvement du 4 mai » suite à la décision du traité de Versailles d'accorder la péninsule de Liaodong au Japon.
oyama kudanzaka
L'amiral Tōgō Heihachirō, le maréchal Oku Yasukata, l'amiral Inoue Yoshika et le maréchal Kawamura Kageaki (de gauche à droite) lors de l'inauguration en 1919 de la statue de l'ancien maréchal Ōyama Iwao dans le parc de Kudanzaka à Tōkyō.

d/ L'entre-deux-guerres

≈ L'intervention japonaise en Sibérie (シベリア出兵, 1918-1922)

L'intervention des troupes de l'entente en Sibérie a pour but de soutenir les Russes blancs contre les Bolcheviques qui ont renversés le tsar suite à la révolution d'octobre 1917, mais aussi d'empêcher ces derniers de s'emparer de l'ensemble du matériel militaire stocké à Vladivostok. L'origine de l'ingérence occidentale en Sibérie est d'abord l'initiative des États-Unis, qui prennent le prétexte de venir en aide à la légion tchécoslovaque.

intervention khabarovsk
Illustration de l'intervention japonaise à Khabarovsk.

Les effectifs les plus importants viennent des contingents japonais (70 000) et tchécoslovaque (50 000, essentiellement des nationalistes tchèques qui lutaient contre l'empire austro-hongrois durant la Première Guerre mondiale, et qui se sont opposés aux Bolcheviques, en particulier suite au transfert de leur légion en Sibérie en 1918). L'objectif des Japonais est aussi de créer un État sibérien indépendant afin d'éloigner la menace expansionniste russe. Des troupes étasuniennes, britanniques, canadiennes, françaises, italiennes et polonaises sont présentes.

commandants intervention alliee siberie
Les commandants du corps expéditionnaire allié en Sibérie.
intervention etasunienne siberie
Troupes expéditionnaires étasuniennes à Vladivostok en Sibérie (1918-1920).
intervention khabarovsk
Intervention japonaise à Khabarovsk
nagato
Cuirassé japonais « Nagato » en 1920, fleuron de la marine impériale japonaise à l'époque.

D'abord réticents à intervenir militairement en Sibérie, les Japonais apprennent vers la fin de l'année 1917 que les Anglais préparent, conjointement avec les Étasuniens et sans consulter le Japon, l'envoi d'une flotte à Vladivostok. L'armée japonaise prend le pas sur le gouvernement civil japonais et décide de passer à l'action en décidant de détacher les cuirassés « Iwami » et « Asahi » vers le port russe.

commandants intervention siberie
Les commandants du corps expéditionnaire japonais en Sibérie (lieutnant-général Mitsue Yui et le général Kikuzo Otani).

Initialement cantonnée à Vladivostok, les Japonais pénètrent ensuite profondément à l'intérieur du teritoire russe (Buryatia, Khabarovsk, Nilolayevsk-sur-Amour, Chita), enmenant avec eux 50 000 colons japonais. Désorganisée et sans commandement, la coalition internationale pliera finalement bagage en juin 1920 après l'exécution de Aleksandr Kolchak par les Bolcheviques ; les Japonais resteront encore sur le territoire russe jusqu'en octobre 1922.

intervention siberie
Officiers japonais à Vladivostok avec le général russe blanc Rozanov.

Les Bolcheviques prennent cependant l'avantage sur leurs adversaires à l'ouest comme à l'est du territoire russe. Ils mènent de grandes offensives en obligeant les Japonais à se replier sur Vladivostok, elle même assiégée en juin 1922. Finalement, le Japon signe la convention soviéto-japonaise afin de normaliser les relations entre les deux pays. Le Japon reconnaît diplomatiquement le nouveau régime soviétique et retire ses troupes au nord de l'île de Sakhaline, en retour l'Union Soviétique s'engage à respecter le traité de Porstmouth. L'expédition à coûté très cher financièrement et causé la mort de 5 000 soldats japonais.

japonais intervention siberie
Soldats japonais durant l'intervention en Sibérie
fusil 38
Fusil japonais de type 38 (1906-1945) construit à 3,5 millions d'exemplaires.
≈ Les 21 demandes du Japon en Chine (対華21ヶ条要求, 1915)

Les « 21 demandes » sont une série de demandes envoyées par le Japon au gouvernement chinois le 8 janvier 1915. Ces demandes auraient considérablement étendu le contrôle japonais de la Mandchourie mais aussi donné une prépondérance commerciale du Japon en Chine. Les Britanniques et les États-Unis se sont fermement opposés à ces demandes, contraignant le Japon a renoncer à ces mesures trop radicales qui allaient à l'encontre de la politique de « la porte ouverte » établie par les États-Unis en Chine. Ces demandes ont été mal perçues par les grandes puissances occidentales et le Royaume-Uni ne verra plus le Japon comme un allié.

etats-unis chine
Les États-Unis « posent leur pied » en Chine en demandant que « la porte reste ouverte » empêchant ainsi les autres grandes puissances de découper le territoire chinois comme ils l'auraient souhaité. La politique de la « porte ouverte » demandée par Washington en 1899 prône une égalité commerciale entre tous les pays ayant accès au marché chinois.
≈ La fin de l'alliance anglo-japonaise (日英同盟, 1902-1923) et les traités navals

Signée entre les deux pays en 1902 - l'alliance sera renouvelée en 1905 et 1911 - avant d'être abandonnée en 1921, le traité sera définitivement caduque en 1923. D'abord conçue par les Britanniques et les Japonais pour lutter contre l’expansionnisme russe, l'alliance spécifiait également une aide militaire possible du Royaume-Uni dans une Corée sous domination japonaise, mais également une aide militaire réciproque japonaise possible dans les Indes britanniques.

dessin punch
Dessin paru dans la revue britannique « Punch » en 1905 suite au renouvellement de l'alliance entre le Royaume-Uni et le Japon (une citation de Rudyard Kipling accompagne le dessin).

L'alliance incluait une promesse d'intervention militaire en cas de guerre contre plus d'un pays. C'est ainsi que le Royaume-Uni n'est pas intervenu dans la guerre entre le Japon et la Russie en 1905, mais qu'elle serait intervenu en cas d'une participation tierce (Allemagne ou France par exemple), tout comme le Japon est intervenu lors de la Première Guerre mondiale aux côtés des Britanniques.

meiji ordre de la jarretiere
L'empereur Meiji reçoit l'ordre de la jarretière en 1906.

Les Anglo-saxons (Étasuniens et Australiens surtout) sont cependant de plus en plus méfiants face à l’expansionnisme japonais, symbolisé par les « 21 demandes » du Japon à l'égard de la Chine. Les Anglais souhaitent conserver la prépondérance commerciale qu'ils ont en Chine, les États-Unis ont eux aussi des visées sur le Pacifique mais sont inquiets de l'alliance anglo-japonaise. Les Britanniques sacrifieront finalement leur alliance avec le Japon afin de conserver intacts leurs liens avec les États-Unis, courant cependant le risque de voir le Japon se tourner vers l'Allemagne ou la Russie.

conference washington
Conférence navale de Washington en 1921-1922.
(le Japon se désengagera en 1934 du traité naval de Washington).
hosho
Le porte-avions japonais « Hōshō » en 1923, le premier porte-avions du monde.
hosho
L'avion de reconnaissance « Yokosuka Ro-go Ko-gata », premier avion de conception japonaise fabriqué à partir de 1918 à l'arsenal naval de Yokosuka (à partir des modèles « Maurice Farman » et « Curtiss »).

La conférence navale de Washington en 1921 réunit les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, le Japon et l'Italie (la flotte de guerre allemande étant soumise aux conditions du traité de Versailles). Cette réunion a pour principal objectif de limiter la flotte de guerre du Japon, à la grande fureur des Japonais qui y verront une fois de plus une humiliation des Occidentaux à leur encontre (le principe du 5/5/3 est adopté : pour 5 navires étasuniens dans le Pacifique, la Grande Bretagne pourra entretenir 5 navires de guerre de même classe, et le Japon seulement 3). La France estima que le tonnage qui lui été accordé était insuffisant compte tenu de son empire à protéger, mais son alliance avec l'Angleterre la rassurait.

Tonnages autorisés par le traité naval de 1921
Pays Navires de bataille Porte-avions Nombre
Empire Britannique 580 450 tonnes 135 000 tonnes 22
États-Unis 500 600 tonnes 135 000 tonnes 18
Japon 301 320 tonnes 81 000 tonnes 10
France 220 170 tonnes 60 000 tonnes 10
Italie 180 800 tonnes 60 000 tonnes 10
constructions batiments guerre
Le traité naval de 1921 met fin provisoirement à la course aux armements engagés entre les grandes puissances (la Belgique, les Pays-Bas et le Portugal sont aussi concernés par le traité).
ise
Le cuirassé japonais « Ise » en 1918 (le mat tripode est en place mais sera bientôt remplacé par une « pagode » munie d'appareils de mesures plus perfectionnés et de projecteurs pour le combat nocturne - rendus obsolètes par les avancées du radar à partir de 1943 -).
ise
Le cuirassé « Ise » dans le port d'Hiroshima en 1927.
ise
Le cuirassé « Ise » avec sa pagode dans les années 1930.
ise
Le cuirassé-porte-avions japonais « Ise » en 1943.

Le traité naval suivant se déroule à Londres le 22 avril 1930 entre le Royaume-Uni, l'Empire du Japon, la France, le Royaume d'Italie et les États-Unis. Il s'appuie sur le traité de Washington mais étend la limitation du tonnage à d'autres bâtiments de guerre. Aucun vaisseau existant ne doit être converti en porte-avions, et le tonnage total des croiseurs, destroyers et sous-marins est également limité. L'article 22 stipule également que la guerre sous-marine doit se conformer aux règles internationales en vigueur. Les navires marchands et leurs équipages sont aussi évoqués.

menu conference londres
Menu et toasts du dîner d'ouverture de la conférence de Londres de 1930.
fubuki
Destroyer japonais de classe « Fubuki ».
Les traités navals n'imposant des restrictions que sur les cuirassés et les croiseurs, les Japonais fabriqueront en grande quantité des destroyers munis de tubes lanceurs de torpilles (autre innovation japonaise) et possédant un armement anti-aérien. Ces destroyers de conception japonaise seront tellement innovants qu'ils seront copiés par les autres marines occidentales - ces destroyers auront cependant un problème de stabilité et devront être rénovés quelques années plus tard -.

Le traité fait la distinction également faite entre croiseurs légers et croiseurs lourds. Les croiseurs légers ne pouvant disposer de canons de plus de 155 mm, les croiseurs lourds de canons de plus de 203 mm. Les destroyers ne doivent également pas avoir un tonnage excédant 1 850 tonnes.

Statut des croiseurs
Pays Croiseurs légers (tonnage) Croiseurs lourds (nombre et tonnage) Destroyers (tonnage)
Empire Britannique 192 000 tonnes 15 (147 000 tonnes) 150 000 tonnes
États-Unis 143 000 tonnes 18 (180 000 tonnes) 150 000 tonnes
Japon 100 450 tonnes 12 (108 000 tonnes) 105 000 tonnes

La deuxième conférence de Londres a lieu entre le 9 décembre 1935 et le 25 mars 1936. Elle rassemble la France, le Royaume-Uni et ses dominions, et les États-Unis. Le Japon sera aussi invité mais sa délégation quittera la conférence début janvier. La conférence a encore pour objectif de limiter l'armement et le tonnage des navires mais le traité prendra fin le 1 septembre 1939 avec le début de la Deuxième Guerre mondiale.

uss carolina
La taille du navire étasunien « USS Carolina » a été limitée par le second traité de Londres de 1936.
≈ La montée du militarisme japonais

Un des slogans japonais de l'ère Meiji est « Fukoku kyōhei » (富国強兵, « Enrichir le pays et affermir l'armée »), inspiré de l'ouvrage chinois « Zhanguoce » datant de la période des royaumes combattants. L'armée est encadrée par de nombreux anciens samouraïs et leur prestige reste encore intact dans toute la société japonaise malgré les lois votées par le gouvernement pour faire disparaitre cette ancienne classe de guerriers.

denonciation traite washington
Dénonciation japonaise datant du 29 décembre 1934 du traité de Washington.
Le traité (5/5/3) était critiqué par de nombreux militaires sûrs de la puissance des forces armées japonaises, mais d'autres militaires japonais pensaient pourtant que le rapport de force pourrait être bien plus significatif en la défaveur du Japon si les deux pays se lançaient dans une course aux armements.
hyuga
Le cuirassé japonais « Hyūga » en 1927.

L'armée japonaise dispose désormais de ces deux quartiers généraux militaires : quartier général de la marine (軍令部, « Gunreibu ») et quartier général de l'armée (参謀本部, « Sanbō Honbu »), indépendants du pouvoir civil et ne relevant en principe que de l'autorité de l'Empereur du japon.

quartier general marine
État-Major de la marine impériale japonaise (軍令部, « Gunreibu ») en 1930.
quartier general armee
État-Major de l'armée impériale japonaise (参謀本部, « Sanbō Honbu ») en 1910.

Les crises financières de Shōwa et de 1929, l'inanité du régime parlementaire japonais, les multiples traités navals ressentis comme des humiliations nationales, ainsi que la fermeture des frontières par les pays occidentaux, entraînent une forte poussée des groupes nationalistes japonais dans l'entre-deux-guerres. Plusieurs tentatives de coup d'État sont menées pour mettre fin à la démocratie et mettre en place une dictature militaire.

conquetes ere taisho
Le Japon et ses conquêtes en 1920 à l'ère Taishō (大正時代, « Taishō jidai », « période de grande justice », 1912-1926).
hakko ichiu
Monument « Hakkō ichiu » (八紘一宇, « huit faces de la couronne et un toit ») en 1950.
Bâtiment construit en 1940 (pour fêter le 2 600ème anniversaire de la fondation de l'empire du Japon par l'Empereur Jinmu) en référence à cette déclaration de l'Empereur Jinmu lorsqu'il est monté au ciel. Certains Japonais interprétèrent la phrase comme le rôle de guide dévolu à l'Empereur du japon, d'autres y voyèrent la destinée manifeste du Japon de conquête de l'Asie.

L'« incident du 15 mai » 1932 est une des tentatives de coup d'État, menée par des éléments extrémistes de l'armée et de la marine japonaises aidés par des factions politiques civiles (« ligue du sang » notamment). Le Premier ministre Inukai Tsuyoshi, pas assez radical à leurs yeux, est assassiné dans sa résidence par des cadets officiers de la marine impériale. Les conjurés passeront en cour martiale, mais soutenus par une partie de la population, ils s'en sortiront avec des peines légères, le pouvoir civil cédant ainsi définitivement le pas sur le pouvoir militaire.

inukai tsuyosh
Le Premier ministre japonais Inukai Tsuyoshi (au centre) et son cabinet en 1931.