éternel Japon

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-- L'Empire du soleil levant --

icone siteLes tentatives d'invasions mongoles (1174 et 1181)

Sommaire :


1/ La menace et les préparatifs

En 1270, Kubilaï Khan (1215-1294), à la tête de ses cavaliers mongols, règne sur la majeure partie de l'Asie, à l'exception de l'Inde et du sud du continent asiatique. Déjà maître du nord de la Chine et de la péninsule coréenne depuis 1260, Kubilaï Khan a cette fois des velléités de conquête sur l'archipel japonais.

kubilai khan
Portrait de Kubilaï Khan (1215-1294)

Après avoir conquis la Chine des Song en 1279, il imposera la dynastie mongole Yuan à la tête de l'empire du milieu.

empire mongol
Empire mongol (cliquer sur l'image pour activer l'animation gif).

Après une âpre résistance coréenne et l'annexion du royaume de Goryeo (le territoire coréen était partagé entre les royaumes de Silla, Baekje et Gogyeo, Gogyeo dominait ses rivaux à cette époque et donnera le nom de la future Corée), le grand khan a les mains libres pour tenter d'envahir le Japon. Les Mongols se serviront de la Corée comme base militaire et logistique en prévision de la future conquête du Japon à l'aide d'une armée et d'une flotte.

etendard goryeo
Étendard royal du royaume de Goryeo (Corée).

Les Mongols enverront trois ambassades au Japon en 1268, 1271 et 1274, demandant que le pays devienne un vassal et verse un tribut au souverain mongol, et les menaçant de les envahir en cas de refus.

lettre kubilai khan
Lettre manuscrite mongole datant de 1266, écrite en chinois et à destination du « roi du Japon ».

Le nouveau bakufu n'avait pratiquement aucune expérience en politique étrangère mais les samouraïs le dirigeant connaissaient les Mongols par l'intermédiaire des moines bouddhistes ayant voyagé dans la Chine des Song. Les Japonais refuseront de se soumettre aux exigences des Mongols.

gong mongol
Gong mongol avec le sceau de la dynastie mongole des Yuan.

La cour impériale de Kyōto fut plutôt enclin à négocier mais le jeune régent Hōjō Tokimune (1251-1284) refusa tout net et se prépara à mobiliser des troupes en conséquence de l'invasion prochaine.

2/ L'invasion de 1274 (bataille de Bun'ei)

Les îles Tsushima, Hirado, Iki, Shikano et la baie d'Hakata, aujourd'hui Fukuoka (rouge)

La première tentative d'invasion mongole est une série de batailles appelée « campagne de Bun'ei » (文永の役 Bun'ei no eki). On la nomme aussi « première bataille d'Hakata ». Les Mongols font cependant l'erreur d'envoyer leur flotte en pleine saison des typhons. D'après le Yuan Shi (littéralement : « Histoire (de la dynastie) Yuan ») - ouvrage décrivant l'histoire de la dynastie Yuan -, les forces du grand Khan comprennent 15 000 soldats mongols, coréens et chinois ainsi que plusieurs centaines de navires.

armure mongole
Armure d'un soldat mongol
casque mongol
Casque mongol
arc mongol
Arc mongol
fleches mongoles
Flèches mongoles

Les Mongols s'emparent d'abord rapidement des îles faiblement défendues de Tsushima, Iki et Hirado, au large de la grande île de Kyūshū. La bataille suivante est celle d'Akasaka, une escarmouche remportée cette fois par les Japonais. Les Mongols rembarqueront après avoir perdu une centaine d'hommes.

Les Mongols ont davantage d'expérience et utilisent des armes encore inconnues par les Japonais comme des canons à mains, des fusées tirées par des arcs courts composites ainsi que des boulets lancées par des catapultes.

canon yuan
Canon à main datant de la dynastie yuan.

Les Japonais ont quant à eux l'avantage d'avoir construit un petit mur défensif longeant la baie d'Hakata ( ville de Fukuoka aujourd'hui), seule zone permettant le mouillage d'une importante flotte, afin d'empêcher le déploiement de la redoutable cavalerie mongole. La bataille de Torikai-Gata voit le gros des forces du grand Khan débarquer sur l'archipel dans la baie d'Hakata. Les Mongols sont attaqués par Takezaki Suenaga (竹崎 季長, 1246 – 1314), aidé un peu plus tard dans la journée par les forces de Shiraishi Michiyasu.

samourai suenaga
Le samouraï japonais Takezaki Suenaga (à droite) affrontant les archers et bombes explosives mongoles, illustration provenant des « rouleaux illustrés des invasions mongoles » (蒙古襲来絵詞, « Mōko shūrai ekotoba »)

Les chiffres exacts et même les dates des combats sont assez approximatifs. Certaines sources supposent que les deux camps étaient de force égale, d'autres affirment que les forces mongoles surpassaient les Japonais, d'autres sources encore indiquent une supériorité numérique japonaise cette fois.

Les Mongols sont discipliné et se battent en formation. Les Japonais subissent de lourdes pertes mais se battent avec beaucoup de vaillance, on estime les pertes mongoles à 3 500. Les Japonais délaissent le terrain mais les Mongols préféreront regagner leurs bateaux après ce combat.

La flotte mongole subira une tempête pendant la nuit, coulant par le fond 200 navires et des milliers de soldats.

takezaki suenaga
Takezaki Suenaga accompagné d'archers à cheval japonais.
 takezaki suenaga
Takezaki Suenaga accompagné d'archers à cheval japonais.

Note : les Rouleaux illustrés des invasions mongoles sont un « emaki » (rouleau peint) japonais datant du 13ème siècle commandé par Takezaki Suenaga afin de glorifier son action pendant les invasions mongoles et d'en tirer bénéfice auprès du shōgun.

3/ Les années 1275-1281

Sachant que ce n'est probablement que partie remise, le shogunat de Kamakura construit ou renforce le mur défensif le long des côtes : le « Genkō Bōrui » (元寇防塁, « »). Long de 20 Km, il longe la baie d'Hakata. En plus d'une muraille de pierre, des fort sont aussi construits sur des sites stratégiques. De nombreux tronçons sont encore visibles aujourd'hui.

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Partie du Genkō bōrui à Nishijin, près de l'université Seinan, préfecture de Fukuoka.
genko borui fukuoka
Genkō bōrui à Fukuoka, préfecture de Fukuoka.
genko borui imazu
Genkō bōrui à Imazu, préfecture de Shiga.
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Genkō bōrui à Ikinomatsubara, préfecture de Fukuoka.
genko borui ikinomatsubara
Genkō bōrui à Ikinomatsubara, préfecture de Fukuoka.

C'est à l'archéologue Heijiro Nakayama que l'on doit l'utilisation du terme « genkō bōrui » après la parution de ses articles dans un journal en 1913.

genko borui koan
Genkō bōrui à Kamakura lors de la deuxième tentative d'invasion mongole (bataille de Kōan), illustration provenant des rouleaux illustrés des invasions mongoles.

4/ L'invasion de 1281 (bataille de Kōan)

Sept ans plus tard, c'est donc une seconde tentative d'invasion mongole qui s'apprête à avoir lieu au Japon. Le Grand Khan a conquis le territoire Song du sud de la Chine. Les forces mongoles disposent désormais de la flotte chinoise Song pour mener à bien la nouvelle tentative d'invasion. La force d'invasion mongole est répartie cette fois en deux flottes, la première vient de Corée et se compose de 900 jonques réunissant 37 000 hommes dont 25 000 soldats mongols, coréens et chinois. La deuxième flotte, venant de Chine, réunit 100 000 hommes et 3 500 navires - mais on peut cependant douter de ces chiffres, les Japonais ayant probablement gonflé les effectifs mongols afin de rehausser le prestige de leur victoire.

soldats mongols
Soldats mongols
navires mongols
Navires mongols

Comme lors de la première tentative, les Mongols tentent de s'emparer de certaines îles, dont Tsushima, Shikano et Iki. Mais les assauts de la flotte venant de Corée rencontrent cette fois une opposition acharnée. Les armées du grand Khan parviendront presque à s'emparer des deux premières îles mais elles seront finalement repoussées. Sur lîle d'Iki, une armée japonaise de 10 000 soldats menée par les clans Matsura, Ryūzōji et Takagi vainc les Mongols et les oblige à s'enfuir vers l'île d'Hirado.

combat naval
Soldats japonais sur lîle de Shikano.

Sans attendre la flotte venant de Chine, les Mongols tentent à nouveau de débarquer sur l'archipel au nord-est de la baie fortifiée d'Hikata, mais les Japonais affluent et empêchent les Mongols d'établir une tête de pont. Pendant la nuit, les Japonais mènent avec succès une attaque navale avec des petits commandos de samouraïs répartis sur des petites flottilles contre la flotte mongole qui mouille au large. Harcelés par les samouraïs, les Mongols essuieront de lourdes pertes durant cette bataille qui s'étalera sur plusieurs semaines consécutives, de jour comme de nuit.

combat naval
Attaque navale menée par les samouraïs Tsunesuke Shoni and Hisatsune Shimazu.
combat naval taka
Combat naval près de lîle de Taka.
combat naval
Combat naval pendant la bataille de Torikai-Gata.

La flotte mongole mit ensuite le cap plus à l'ouest, vers l'île de Takashima, pensant que les défenses japonaises y seraient moins nombreuses. Mais la chaleur et l'humidité gâtèrent les vivres et entraînèrent la mort de 3 000 Mongols.

Une fois la flotte mongole de Chine arrivée, les flottes navales mongoles combinées venant de Corée et de Chine se rassemblent au large de l'île d'Iki et lancent un assaut sur l'île de Kyūshū. Les Mongols durent encore endurer une attaque japonaise nocturne par bateaux et subirent surtout un typhon dévastateur qui causa la perte de 4 000 navires et 30 000 hommes. Certains commandants chinois décidèrent alors de faire défection et de repartir en Chine. Les Japonais en profitèrent pour attaquer les milliers de soldats laissés sans commandement sur lîle de Takashima. Les Chinois faits prisonniers furent épargnés mais tous les Coréens et Mongols furent exécutés.

flotte mongole typhon
La flotte mongole est détruite par un typhon.

5/ Les conséquences sur l'archipel

C'était la première fois que les samouraïs ont eu à affronter des forces étrangères à l'archipel. Les Japonais habitués aux combats individuels ont dû se mesurer avec des armées rompues aux tactiques militaires en formations. De plus, les Mongols décochent leurs flèches en volée, et ont aussi utilisé de nombreuses armes inconnues utilisant de la poudre noire.

boulets mongols
Boulets mongols retrouvées à Takashima en 2011.

L’inefficacité relative des armes blanches traditionnelles japonaises face aux armures mongoles ont aussi conduit les Japonais à essayer de rendre plus performantes leurs lames. C'est ainsi probablement que sera élaboré le « katana », sabre long qui deviendra plus tard l'arme de prédilection des samouraïs japonais, supplantant ainsi l'archer long qui était réservé jusque là à la noblesse guerrière à cheval.

katanas samourais
Katanas de samouraïs

Le bakufu sort renforcé dans un premier temps de cette double confrontation contre les Mongols. Les guerriers ont répondu présent et le régime, sous l'influence de la famille Hōjō, a réussit à étendre son influence jusqu'à l'île de Kyūshū. Mais la guerre s'est avérée être un gouffre financier et aucune terre ne peut être redistribuée aux samouraïs, qui se sont parfois lourdement endetté pour répondre à l'appel aux armes du bakufu. Le shogunat tentera de calmer la colère des guerriers en faisant voter une loi interdisant aux samouraïs d'hypothéquer leurs terres, ainsi que l'annulation de leurs anciennes dettes. Mais cela aura comme conséquence la fin des prêts accordés aux samouraïs, plus aucun créancier n'acceptant de faire des prêts risquant ensuite d'êtres annulés par un futur décret. Beaucoup de samouraïs viendront grossir les rangs des « akutō » (悪党, littéralement « bande malfaisante ») désœuvrés.

kono michiari
Armure du samouraï Kono Michiari.

Le phénomène « akutō » est un ensemble hétéroclite du Moyen-Age japonais, rassemblant sporadiquement des brigands, des pirates, des paysans enfuis ou encore des moines-soldats, s'organisant en communautés et s'attaquant aux usuriers et aux entrepôts. Au-delà d'une simple association de bandits de grands chemins, ces communautés s'exprimaient d'abord en désespoir de cause et avec comme objectif une certaine meilleure justice sociale dans une période chaotique parsemée de guerres incessantes. On désignait aussi par akutō des propriétaires nouvellement enrichis ou des temples gagnant en importance, s'insurgeant contre les autorités.

sadakuro yoichibei
Le voleur Sadakuro attaque Yoichibei (Yagoro et Kanpei l'accompagnent).

Autre phénomène de l'époque du Moyen-Age japonais : les « Ikkō-Ikki » (一向一揆, littéralement « soulèvement des Ikkō-shū ») sont des foules de paysans, de moines bouddhistes, de prêtres shintoïstes et de nobles locaux japonais, qui se soulèvent contre l'autorité des samouraïs aux 15ème et 16ème siècles.

bataille azukizaka
La bataille d'Azukizaka de 1564, affrontement décisif entre Tokugawa Ieyasu et les communautés Ikkō-Ikki.

D'autres ikki (soulèvement) sont apparues sous différentes formes. Les « Do-ikki », sortes de jacqueries, étaient des rassemblements de paysans demandant une baisse des impôts. On les retrouve en particulier dans la région du Kinki. Ces mouvements ont parfois réussi à se débarrasser d'un gouverneur ou d'un daimyō. Les « Tokusei-ikki » sont quand à eux des soulèvements visant à obtenir l'annulation des dettes par le bakufu. Ce dernier a décrété le « tokusei » afin d'annuler les dettes des « gokenin » (samouraïs détenant des terres, vassaux du bakufu) après les invasions mongoles. On retrouve des soulèvements du même type à l'époque de Muromachi (rébellion de Shōchō par exemple).